Cette année a démarré pour moi sous le signe des projections en avant-première. S'agissant de films qui s'imposent en ce moment dans les salles de la capitale, j'ai décidé de vous parler dans un seul post de trois films très différents les uns des autres. Pourtant, leur italianité est loin de constituer leur seul point commun pour moi, et non seulement parce que j'ai eu la chance, dans les trois cas, d'assister à des projections spéciales. Les trois films portent un regard particulier sur la paternité (biologique ou effectuelle), ce qui indique sans doute que la société contemporaine a besoin de réfléchir à ce rôle. En outre, chaque film met en avant au moins une actrice ou un acteur qui compte parmi mes acteurs préférés de tout temps, ce qui n'est pas un détail négligeable pour moi!
La Grazia de Paolo Sorrentino est un film que j'ai vu en avant-première en Italie pendant les vacances de Noël. Je n'aime pas tout de Sorrentino, mais j'ai aimé
La grande bellezza quand la majorité du public italien l'ignorait et que ce n'était pas encore un événement cinématographique.
La Grazia repropose certaines des atmosphères et de la photographie du meilleur Sorrentino en leur offrant une dimension politique. S'agissant de Sorrentino, cette dimension politique devient bien sûr existentielle, je dirais même cosmique. Mariano De Santis, qui dans le film est le président de la République italienne vit les derniers mois de son mandat. Il est confronté à des décisions lourdes : la légalisation d'une forme d'euthanasie et deux demandes de grâce. En parallèle, la narration de son rapport avec sa fille, qui est aussi sa collaboratrice, nous permet d'apprécier ses doutes, des interrogations morales et l'évolution de sa pensée. Toni Servillo livre une performance subtile, non dénuée de quelques éclairs légers, qui s'adapte parfaitement au style poétique de Sorrentino.
La Grazia est en effet une méditation sur la grâce dans toutes ses nuances possibles. De la grâce divine à la grâce politique, de l'humanité avec laquelle on se doit de légiférer sur la fin de vie à la légèreté élégante d'un geste.
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Mme Bruni Tedeschi lors de l'avant-première de Cinque Secondi. |
Cinque secondi de Paolo Virzì Met en scène Adriano, un homme reclus dans une villa toscane, écrasé par le poids d’une tragédie personnelle et d’un sentiment de culpabilité. Sa solitude est bousculée par l’arrivée d’un groupe de jeunes idéalistes décidés à redonner vie aux vignes abandonnées alentour. Valerio Mastandrea incarne avec intensité ce personnage blessé, dont l'évolution accompagne le spectateur à découvrir que son terrible secret concerne chaque être humain confronté à la mort et à la souffrance des êtres chers. La fin ouvre une marge d'espoir, même si dans le monde de Virzì il n'y a aucun espace pour la grâce, juste pour l'abnégation et la responsabilité. Une part de légèreté est assurée par la performance d'une actrice que j'adore, Valeria Bruni Tedeschi. Cette avant-première m'a été offerte par Dolcevita sur Seine, qui organise des évènements cinématographiques autour du jumelage entre Paris et Rome et que je tiens à remercier. Mme Bruni Tedeschi était rayonnante malgré les cheveux en broussaille dont elle s'est plainte publiquement. Je trouve qu'elle a une ironie et une légèreté dans l'interprétation qui aide à mieux saisir le sens de la vie, toujours en équilibre sur le gouffre.
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Photo prise pendant que j'était en train de demander à M. Favino comment il fait pour changer de tête d'un film à l'autre. Il m'a répondu qu'il ne sait pas. |
Il Maestro d'Andrea Di Stefano sort en salles aujourd'hui dans toute la France. C'est l’histoire de Felice, un adolescent talentueux au tennis, poussé à exceller par son père. Quand celui-ci engage Raul Gatti, ancien joueur désabusé interprété par Pierfrancesco Favino, pour qu'il accompagne Felice à ses premiers championnats nationaux et lui enseigne à passer à un niveau de jeux supérieur, une relation improbable se noue entre les deux. Celle-ci transforme le jeu et la manière de vivre du jeune garçon et permet de saisir les nuances de la personnalité complexe de l'enseignant. D'étape en étape, ce road-movie est une exploration du temps que les amants des années 80 apprécieront. Favino est un grand acteur qui, lors de l'avant-première parisienne, a déclaré que nous avons besoin de personnages masculins complexes. Il a également souligné que chaque être humain peut vivre toute la gamme des émotions et de situations de tous les autres. Je ne vais pas pouvoir évoquer l'atmosphère de la soirée en quelques mots, mais les réflexions des invités ont été particulièrement profondes.
Ce trio de films établissent naturellement un dialogue entre les différents enjeux culturels et sociaux italiens et français, tout en permettant d'apprécier trois regards sur l'Italie, certes, mais surtout sur la complexité des êtres humains.
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