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vendredi 7 février 2025

Nouvel an lunaire

 Paris, ce n'est pas seulement des baguettes, des marinières et la tour Eiffel, bien au contraire : c'est avant tout une métropole diversifiée qui a su faire de sa diversité sa force. Ainsi, lorsqu’un événement majeur survient pour une ou plusieurs des communautés qui peuplent Paris, la réponse culturelle est massive et variée.

Le 29 janvier a marqué le début du Nouvel An lunaire, célébré par plusieurs communautés asiatiques. Ici à Paris, les festivités continuent jusqu'à ce week-end. Personnellement, j'ai choisi cette année de faire la fête à la mairie du 13e arrondissement, qui accueillait samedi dernier un festival dédié à la mode, à la danse, aux arts martiaux et à la cuisine typiques Han. Pas de glamour dans ce cas, mais le plaisir pour moi d'approcher la culture chinoise sous un angle différent par rapport à ce que j'aurais pu faire en Italie. 

Une image du défilé du XIIIe en 2023
Bien que plusieurs pays asiatiques célèbrent le nouvel An lunaire, la Chine est peut-être la plus représentée ici en France où on utilise souvent l'expression « Nouvel An chinois », qui est d'autant plus imprécise qu'en Chine cette fête s'appelle 春节, ce qui se traduit aussi par Fête du Printemps.

Le Nouvel An lunaire est célébré chaque année à Paris avec une série d'événements dont un défilé sur les Champs Elysées. Demain aura lieu le traditionnel défilé dans les rues principales du 13ème, que j'ai déjà eu l'occasion d'apprécier pour son multiculturalisme. En fait, différentes traditions sont représentées mais, comme le 13e arrondissement est aussi le quartier de nombreux Antillais, le défilé comprend également des groupes de traditions caribéennes qui rappellent le carnaval dans une frénésie festive.

Si au contraire nous voulons nous limiter à la seule Chine, je vous souhaite 新 年快乐!Bonne année du serpent de bois!

mercredi 15 janvier 2025

Plans de métro


Le métro culturel de Lucas Destrem

Qui dit Paris dit métro, et ce moyen de transport, si haï par les parisiens, est en réalité un des symboles de la capitale française. Cœur de la mobilité, le métro a inspiré et continue d'inspirer des artistes. Il est facile de se reinseigner sur les bouches de métro Art Nouveau ou sur l'année d'inauguration de ce réseau qui compte aujourd'hui environ 300 stations. Aujourd'hui je vais donc parler de quelques projets moins connus qui n'ont été inspirés que par le plan du métro. Ce dernier est, à lui seul, un objet de design qui inspire une certaine convoitise.
Tout d'abord, un géographe, Lucas Destrem, a crée un plan de métro culturel, dans lequel chaque nom de station qui figurait dans le plan en vigueur au mois de décembre 2020 a été modifié ou remplacé par le nom d'un lieu d'art ou de culture situé en proximité de la station. le projet initial était celui de sortir les lieux culturel de la crise due au covid, mais le plan est en tout cas fascinant et permet d'avoir une mesure de la richesse de l'offre culturelle parisienne. D'un point de vue plus strictement géographique, ce plan détourné de nous confronter avec la toponymie urbaine et avec la diversité et la fragilité des proposition culturelles de la capitale. Il est possible de télécharger gratuitement ce plan ici (au fond de la page). 

Le métro est devenu aussi un mémory en ligne des plus satisfaisants: il suffit de cliquer ici pour insérer de mémoire toutes les stations de métro dont on se souvient: elles paraitront magiquement sur le plan muet ainsi que le pourcentage de station dont vous vous souvenez le nome sur le total des stations. Il faut le faire pour comprendre à quel point c'est gratifiant.
Si vous n'êtes pas à Paris et que la routine vous manque, vous saurez maintenant comment profiter d'un métro virtuel sans les désagréments du quotidien! Bon voyage imaginaire!

jeudi 28 novembre 2024

Lieu(x)

Les villes dans lesquelles j’ai vécu m’ont offert la possibilité de réfléchir sur l’espace urbain, spécialement si elles avaient été narrées par des écrivains que j’aime. Les romans de Daniel Pennac, auxquels j’ai consacré mon mémoire de maîtrise, m’ont donné la première occasion pour visiter des lieux de Paris que je ne connaissais pas. Cette recherche a abouti à Belleville: la Parigi di Daniel Pennac écrit en collaboration avec Anusca Ferrari.
Ce guide littéraire (disponible uniquement en italien) propose des itinéraires pour partir à la recherche de ses personnages avant de se concentrer sur le quartier de Belleville. Ce quartier de la capitale française a une histoire singulière dont on trouve souvent les traces dans les vicissitudes de la tribu Malaussène que Pennac a racontées dans sa saga. Le lecteur qui voudra suivre les indications de cet ouvrage devra se servir de son attention, aussi bien que de sa fantaisie, pour saisir les drames et l’ironie de ce quartier. Pour Pennac, la ville est un prétexte à l’écriture et à la création, un lieu d’inventions, une source de romanesque. L’auteur parvient ainsi à déjouer la capacité des lecteurs contemporains de reconnaître le mythe en leur permettant de s'abandonner à la jouissance de l'intrigue. Les images de Paris et de Belleville sont ainsi réactualisées. La découverte d’une intersection possible entre le monde urbain et le monde littéraire m’a été utile pour lire les romans comme des villes textuelles et les lieux réels comme des points de départ pour une série de variations littéraires. En tout cas, il a été intéressant de parcourir à rebours le chemin du romancier. Anusca et moi, nous avons mû de la narration du lieu pour arriver aux lieux des narrations où s’inscrit la trace de vicissitudes urbaines inimaginables. Celles-ci sont souvent tellement invraisemblables, que quand le romans les révèlent, les lecteurs les considèrent comme un fruit de la fantaisie de l’écrivain.

Mon séjour en Martinique, si important d’un point de vue humain, m'a aussi menée à approfondir l’étude du rapport entre urbanisme et littérature. Fort-de-France a été une découverte perpétuelle pour une lectrice compulsive comme moi. Où que j’aille, j’avais l’impression d’entrer dans un roman. Les jardins publics de Fort-de-France, la Savane, étaient pour moi le lieu de la mort de Solibo Magnifique, un des personnages de Chamoiseau. La bibliothèque Schœlcher me rappelait des descriptions austères, et la crainte révérencielle qu’elle suscite chez les personnages de Confiant. Quant à l’ancienne mairie, j’étais émue de savoir qu’Aimé Césaire y recevait toujours les visites des étudiants et des intellectuels. Pour moi Césaire était un personnage abstrait, le poète par excellence! Alors qu'il était là, en chair et en os, dans l’ancienne mairie, où il m'a brièvement reçue aussi. Le banlieues de Fort-de-France qui, comme partout, ont un aspect vaguement inhumain et impersonnel, ont aussi constitué une étape importante de mes pérégrinations. Le Morne Pichevin, dont l’aspect actuel conserve très peu du quartier sordide et mystérieux qu’évoquent les romans de Confiant, conserve encore quelques vestiges des années (50 et 60) qui l’ont rendu célèbre. Puisqu’on me l’avait déconseillé, je suis allée aussi à Texaco, la célèbre bidonville qui a inspiré le roman de Chamoiseau. Je ne me suis jamais sentie en danger: la restructuration était presque en train de le transformer en un quartier résidentiel qui, à l’instar de beaucoup d’autres banlieues, ne devient dangereux que la nuit.
Les rapports entre ces lieux et les narrations qu’ils avaient inspirées, le constat d’une sensibilité urbaine et architectonique tout à fait différente de celle que je connaissais, m’ont décidée à projeter un autre guide littéraire à partir de mes notes de voyage. Fort-de-France o la città invisibile (disponible uniquement en italien) invite à découvrir la Martinique avec deux romanciers: Patrick Chamoiseau et Raphaël Confiant. À partir de leurs romans traduits en italien, des endroits du quotidien foyalais sont évoqués avant tout comme lieux littéraires. Des jardins publics, le lecteur se retrouve ensuite dans l’«En-ville» et constate la dégradation des marchés et des rues commerciales, si importantes pour les romanciers. Les quartiers malfamés ont inspiré autant de romans, mais que représentent ces lieux en dehors de la fiction? Dans cette quête géopoétique, j'ai fini par m’égarer entre une ville réelle et son double imaginaire. Mon hypothèse est que certains des caractères propres de Fort-de-France constituent un héritage des logiques de la plantation (de l’habitation, pour être précis). Notamment, le flottement onomastique de la capitale martiniquaise semble correspondre à la pratique du « nom secret ». 

Modena aussi, la ville où j'ai passé la plus grande partie de ma vie, m'a inspiré un projet que j'ai présenté à la Casa delle culture qui l'a soutenu et financé avec la Cassa di Risparmio di Modena. Modena extra… ordinaria, est un livre d'entretiens enrichi des photos de mon ami Enrico Bertani. La ville y est décrite par nos concitoyens étrangers ou d'origine étrangère, des personnes d'ages différents et venant de parcours disparates. Leurs points communs sont la résidence à Modena et l'expérience de vie d'au moins deux pays différents. Ce projet m'a permis d'expérimenter un accueil extra... ordinaire de la part des personnes interviewées, qui se sont pretées au jeu avec une grande disponibilité.

En somme, le(s) lieu(x), surtout les villes, ont toujours été, pour moi, un lieu de fascination et de rencontres.