- « Michela Murgia ou la maladie comme affirmation individuelle et opportunité sociale » - Revue des Sciences Sociales 73, pp. 110-117.
- « L’hybridité comme méthode : Ahnen d’Anne Weber et Stirpe e vergogna de Michela Marzano », Trans-, Revue de littérature générale et comparée, numéro 30, 2024.
- « La mort entre relation et autodétermination: Accabadora de Michela Murgia », Fémur, revue étudiante de critique littéraire de l’Université de Montréal, numéro 8, printemps 2024.
- « Le traumatisme indicible dans l'écriture autofictionnelle de Michela Marzano », Revue ILCEA, Université Grenoble-Alpes, numéro 54, mars 2024.
La versione italiana di questo blog si trova qui: https://paolaparigiepoesia.blogspot.com/
dimanche 24 mai 2026
Les articles publiés dans le contexte de mon doctorat
mardi 1 avril 2025
Le Duc
Comme d'habitude, je parle ici des romans italiens qui m'ont plu lorsqu'ils sont publiés en France. Le 4 avril, Métailié publiera Le Duc de Matteo Melchiorre dans la traduction d'Anne Echenoz et Serge Quadruppani. C'est l'histoire du dernier descendant d'une famille noble, les Cimamonte. Ce jeune homme solitaire, surnommé justement « le Duc », s'installe dans la villa familiale à Vallorgàna, un petit village de montagne. Sa tranquillité est interrompue dès les premières pages, lorsque Nelso, un bûcheron et bricoleur de confiance, l'informe que Mario Fastréda, un homme âgé connu pour son influence dans la ville, a déplacé les limites entre son propre domaine et celui du Duc en s'appropriant de fait d'une quantité conséquente de forêts.
Clicca qui per laversione italiana di questo post
dimanche 26 janvier 2025
Mères
Mes recherches de thèse m'amènent à étudier des romans et des récits publiés en italien. Toutefois, quand une oeuvre italienne est publiée en français, j'en parle volontier ici, spécialement s'il s'agit d'une oeuvre qui m'a touché particulièrement. Ma mère est un fait divers de Maria Grazia Calandrone a été publié en France il y a quelques mois, peu avant le lancement de ce blog, dans la traduction de Nathalie Bauer pour les éditions du Globe.
Maria Grazia Calandrone, qui est née à Milan, a été abandonnée à Rome par ses parents biologiques à l'age de 8 mois. Ceux-ci se sont suicidés le jour même. Elle a ensuite été adoptée par une famille de Rome. Dans cette oeuvre et dans une autre qui n'a pas encore été traduite en français, elle retrace les vicissitudes de chacune de ses deux mères. Ma mère est un fait divers est consacrée à sa mère biologique. Il s'agit d'un récit de filiation atypique, parce que la prose est intercalée à des vers. L'enquête que Maria Grazia mène la porte non seulement à découvrir et à recomposer une série d'informations fragmentaires concernant sa mère Lucia, mais surtout à contextualiser son geste et celui de son compagnon Giuseppe (le père de Maria Grazia) dans la société italienne des années 60. Ainsi, de choix intime et désespéré, leur suicide recontextualisé devient un geste politique d'espoir.Au-delà du portrait d'un pays dans lequel le divorce était illégal, au-delà de la juste réflexion, par ailleurs très finement menée, sur la retombée des lois sur la vie des individus, ce livre m'a touchée au point que quand j'ai eu la possibilité de rencontrer son auteure et de l'interviewer, je me suis émue. Son écriture parle d'amour et de liberté, c'est une fleur qui bourgeonne au cœur des ruines. La narratrice ne s'adresse pas seulement aux personnes qui ont connu une oppression comme celle vécue par Lucia, ni à ceux qui s'y intéressent, mais à chaque etre humain. Bonne lecture.
dimanche 19 janvier 2025
L'âge fragile
L'histoire est racontée par Lucia, une physiothérapeute qui vit dans un village près de Pescare. Séparée de son mari, Lucia s'inquiète pour sa fille Amanda, étudiante à l'université de Milan. Pendant l'enfermement pour le COVID, Amanda revient à la maison, affichant un comportement fermé et silencieux. Parallèlement, Lucia est confrontée au souhait de son père de lui léguer un terrain familial situé pas loin, dans les Apennins. Ce terrain est marqué par un événement tragique survenu trente ans plus tôt : l'assassinat de deux jeunes touristes de Modène et la blessure de Doralice, l'amie d'enfance de Lucia. Ce traumatisme a marqué la communauté locale ainsi que la vie de la narratrice. jeudi 21 novembre 2024
Novembre, Paris, Victor Hugo et sa maison
![]() |
| L'écritoire où Victor Hugo écrivait tout nu |
Quand l’Automne, abrégeant les jours qu’elle dévore,
Éteint leurs soirs de flamme et glace leur aurore,
Quand Novembre de brume inonde le ciel bleu,
Que le bois tourbillonne et qu’il neige des feuilles,
Ô ma muse ! en mon âme alors tu te recueilles,
Comme un enfant transi qui s’approche du feu.
Ton soleil d’orient s’éclipse, et t’abandonne,
Ton beau rêve d’Asie avorte, et tu ne vois
Sous tes yeux que la rue au bruit accoutumée,
Brouillard à ta fenêtre, et longs flots de fumée
Qui baignent en fuyant l’angle noirci des toits.
Pleurant ton Orient, alors, muse ingénue,
Tu viens à moi, honteuse, et seule, et presque nue.
– N’as-tu pas, me dis-tu, dans ton coeur jeune encor
Quelque chose à chanter, ami ? car je m’ennuie
A voir ta blanche vitre où ruisselle la pluie,
Moi qui dans mes vitraux avais un soleil d’or !
![]() |
| Un détail de la salle chinoise |
Victor Hugo a résidé dans cet appartement au 2e étage de 1832 à 1848, une période riche en création littéraire. Il y a écrit plusieurs œuvres majeures, ainsi que des poèmes de Les Chants du crépuscule et une partie de Ruy Blas, sa célèbre pièce de théâtre.
La visite du musée se divise en trois parties correspondant aux grandes étapes de la vie de Hugo : avant l'exil, pendant l'exil à Guernesey et Jersey, et après l'exil. Le parcours permet de découvrir des objets personnels, des manuscrits, des illustrations, et des œuvres d'art qui lui étaient chers. Chaque pièce reflète à la fois son style de vie et ses goûts éclectiques. La salle chinoise, notamment, témoigne de l'intérêt de Hugo pour les arts orientaux.
La Maison de Victor Hugo offre une expérience immersive où l’on peut ressentir l’esprit créatif et la personnalité de l’écrivain. En plus de ses meubles et objets personnels, le musée expose également des portraits et des œuvres réalisées par Hugo lui-même, qui était aussi dessinateur talentueux.
L'appartement donne sur la magnifique Place des Vosges, la plus ancienne place de Paris, et après la visite, il est possible de se promener dans ce quartier historique du Marais, cherchant à capter l’inspiration littéraire qui a habité l’un des plus grands auteurs de la littérature française.
Une halte à la Maison de Victor Hugo, c’est un voyage dans l’intimité d’un génie qui a marqué Paris et la France à jamais.
samedi 9 novembre 2024
Mes recherches de thèse (qu'est-ce que je fais là?)
Mes recherches actuelles portent sur ce que j'ai défini la construction généalogique de l'identité. Le roman italien des quinze dernières années témoigne d'un intérêt pour les antécédents généalogiques des personnages: parents, grands-parents et ainsi de suite, jusqu'aux ancêtres les plus éloignés. Ma thèse est que les personnages des descendants ont besoin de regarder en arrière pour aller de l'avant, et ceci de manière plus systématique et plus profonde par rapport à ce qui émergeait de la littérature précédente. Je pense même que la généralisation de l'attention consacrée à des composantes identitaires qui remontent à un temps où l'individu n'existait pas encore est un signe de l'air du temps.
Tous les romans de mon corpus présentent une dynamique narrative semblable, qui les rapproche des romans de formation malgré le fait que les personnages les plus présents dans la narration ne sont souvent pas les personnages qui se développent et changent.Je crois que cela exprime quelques caractéristiques de ce moment historique, d'autant plus que les dynamiques que j'étudie dans la littérature italienne opèrent largement dans la littérature contemporaine d'autres pays. Jusque dans ma vie quotidienne, je ne fais que rencontrer des personnes qui font des recherches généalogiques ou qui sont à l' l'affût de secrets familiaux. Moi-même j'ai été récemment amenée à retrouver les traces d'un oncle oublié par l'Histoire.
Ce qu'il est intéressant de se demander est où mènent ces recherches généalogiques. Est-ce que nos parcours individuels seraient différents si nous ne nous tournions pas en arrière? Pourquoi est-il libératoire de savoir ce qu'il s'est passé avant nous? Pourquoi y a-t-il cette impulsion à raconter ces histoires (lorsqu'elles sont inspirés des vicissitudes familiales de l'auteur) ou à en inventer?





