Affichage des articles dont le libellé est littérature. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est littérature. Afficher tous les articles

dimanche 24 mai 2026

Les articles publiés dans le contexte de mon doctorat

Versione italiana qui
Mon activité académique ne se limite pas à la rédaction de ma thèse (dont vous trouvez une courte présentation ici). Je suis en train d'écrire de nombreux articles consacrés principalement à des auteurs italiens. Voici les références de certains de ces articles. En cliquant dessus vous aurez accès à l'article original dans son intégralité. Le lien vers le seul article originairement publié en italien est à la fin de la liste et il est complété par la traduction française de son résumé:
Cet article explore l'intersection entre identité et engagement dans la littérature italienne du premier quart du XXIe siècle. Roberto Saviano et Michela Murgia, figures emblématiques de l'intellectuel engagé, accordent une importance capitale au corps dans la construction de leur image publique. Chez eux, le corps représente la part irremplaçable de l'identité. D'autres écrivains, comme Maria Grazia Calandrone, se sont concentrés sur les événements familiaux et privés qui définissent l'identité de manière singulière, les rendant exemplaires et performatifs par le récit. Même des auteurs qui s'adressent rarement au public et privilégient les intrigues de fiction, tels que Wu Ming, mettent en scène des personnages dont l'engagement est intimement lié à la révélation d'une identité unique et singulière. L'identité se révèle ainsi une composante essentielle de l'engagement, dont la complexité exige de nouvelles perspectives critiques.

Mots-clé: Engagement, identité, littérature italienne contemporaine, Maria Grazia Calandrone, Michela Murgia, Roberto Saviano, Wu Ming 1.

___________________________________
Quand l'opportunité se présente d'écrire un article proche des thématiques qui m'intéressent en ce moment, mais concernant un corpus afférant à ma première thèse, je ne rechigne pas. Voici un article qui, d'une certaine manière, réunit les réflexions qui m'ont occupée pendant mes deux doctorats:

mardi 1 avril 2025

Le Duc


Comme d'habitude, je parle ici des romans italiens qui m'ont plu lorsqu'ils sont publiés en France. Le 4 avril, Métailié publiera Le Duc de Matteo Melchiorre dans la traduction d'Anne Echenoz et Serge Quadruppani. C'est l'histoire du dernier descendant d'une famille noble, les Cimamonte. Ce jeune homme solitaire, surnommé justement « le Duc », s'installe dans la villa familiale à Vallorgàna, un petit village de montagne. Sa tranquillité est interrompue dès les premières pages, lorsque Nelso, un bûcheron et bricoleur de confiance, l'informe que Mario Fastréda, un homme âgé connu pour son influence dans la ville, a déplacé les limites entre son propre domaine et celui du Duc en s'appropriant de fait d'une quantité conséquente de forêts. 

Cet événement déclenche chez le protagoniste un sentiment de fierté et de détermination à défendre ses droits et la mémoire de sa famille. En même temps, le Duc trouve des traces et des documents de plus en plus troublants concernant ses ancêtres. Bientôt, la dispute entre voisins se confond avec l’histoire des ancêtres, car les deux choses sont enracinées dans le lieu, et le lieu à son tour implique une temporalité. Au contact de personnages qui lui ressemblent ou lui parlent d'une manière ou d'une autre de lui, le Duc se retrouvera dans un tourbillon d'époques, de conflits et de secrets indicibles. S'en sortira-t-il vivant ?

Je ne révélerai rien, mais je recommande le roman à ceux qui ne savent pas s'il vaut mieux avancer ou regarder en arrière, ou à ceux qui cherchent un moyen de faire les deux choses en même temps. Matteo Melchiorre, que j'ai eu la chance de rencontrer, aborde des questions existentielles profondes et complexes avec une narration irrésistible. Bonne lecture!

Clicca qui per laversione italiana di questo post

dimanche 26 janvier 2025

Mères

Mes recherches de thèse m'amènent à étudier des romans et des récits publiés en italien. Toutefois, quand une oeuvre italienne est publiée en français, j'en parle volontier ici, spécialement s'il s'agit d'une oeuvre qui m'a touché particulièrement. Ma mère est un fait divers de Maria Grazia Calandrone a été publié en France il y a quelques mois, peu avant le lancement de ce blog, dans la traduction de Nathalie Bauer pour les éditions du Globe.

Maria Grazia Calandrone, qui est née à Milan, a été abandonnée à Rome par ses parents biologiques à l'age de 8 mois. Ceux-ci se sont suicidés le jour même. Elle a ensuite été adoptée par une famille de Rome. Dans cette oeuvre et dans une autre qui n'a pas encore été traduite en français, elle retrace les vicissitudes de chacune de ses deux mères. Ma mère est un fait divers est consacrée à sa mère biologique. Il s'agit d'un récit de filiation atypique, parce que la prose est intercalée à des vers. L'enquête que Maria Grazia mène la porte non seulement à découvrir et à recomposer une série d'informations fragmentaires concernant sa mère Lucia, mais surtout à contextualiser son geste et celui de son compagnon Giuseppe (le père de Maria Grazia) dans la société italienne des années 60. Ainsi, de choix intime et désespéré, leur suicide recontextualisé devient un geste politique d'espoir.

Au-delà du portrait d'un pays dans lequel le divorce était illégal, au-delà de la juste réflexion, par ailleurs très finement menée, sur la retombée des lois sur la vie des individus, ce livre m'a touchée au point que quand j'ai eu la possibilité de rencontrer son auteure et de l'interviewer, je me suis émue. Son écriture parle d'amour et de liberté, c'est une fleur qui bourgeonne au cœur des ruines. La narratrice ne s'adresse pas seulement aux personnes qui ont connu une oppression comme celle vécue par Lucia, ni à ceux qui s'y intéressent, mais à chaque etre humain. Bonne lecture. 

dimanche 19 janvier 2025

L'âge fragile

L'âge fragile est un roman de Donatella Di Pietrantonio, publié chez Einaudi en 2023 et lauréat des prix Strega et Strega giovani2024. Nous en parlons aujourd'hui car sa traduction, de Laura Brignon, vient d'être publiée en France par Albin Michel.

L'histoire est racontée par Lucia, une physiothérapeute qui vit dans un village près de Pescare. Séparée de son mari, Lucia s'inquiète pour sa fille Amanda, étudiante à l'université de Milan. Pendant l'enfermement pour le COVID, Amanda revient à la maison, affichant un comportement fermé et silencieux. Parallèlement, Lucia est confrontée au souhait de son père de lui léguer un terrain familial situé pas loin, dans les Apennins. Ce terrain est marqué par un événement tragique survenu trente ans plus tôt : l'assassinat de deux jeunes touristes de Modène et la blessure de Doralice, l'amie d'enfance de Lucia. Ce traumatisme a marqué la communauté locale ainsi que la vie de la narratrice. 
Cette histoire me parle pour plusieurs raisons. Superficiellement, le fait que les touristes agressées sont originaires de ma propre ville en Italie m'a tout de suite interpellée. (En réalité, l'épisode de violence sur les touristes  est bien inspirée d'un épisode réel, mais celui-ci ne s'est pas vérifié aux dépens de modenaises). Le style sec et incisif de l'écriture de Di Pietrantonio m'a captivée ultérieurement pour l'intensité et la finesse que l'auteure parvient à déployer dans la narration des émotions des personnages et de l'atmosphère des lieux.
J'ai eu la chance d'interviewer cette écrivaine, et elle m'a dit qu'elle est intéressée par les traumas pour la manière qu'ils ont de défaire les parcours de vie des personnes, qu'elle est fascinée par la manière dont celles-ci se reconstruisent. L'empathie et l'art de Donatella di Pietrantonio la rendent très apte à narrer ces deconstructions et ces reconstructions tout en captivant le lecteur avec une certaine suspense.
Ce mardi 21 janvier 2025, à 19h30, l'écrivaine présentera cette œuvre à la librairie italienne La Tour de Babel.

jeudi 21 novembre 2024

Novembre, Paris, Victor Hugo et sa maison

Le mois de novembre à Paris me rappelle un célèbre poème de Victor Hugo, dont voici un extrait:
L'écritoire où Victor Hugo écrivait tout nu

Quand l’Automne, abrégeant les jours qu’elle dévore,
Éteint leurs soirs de flamme et glace leur aurore,
Quand Novembre de brume inonde le ciel bleu,
Que le bois tourbillonne et qu’il neige des feuilles,
Ô ma muse ! en mon âme alors tu te recueilles,
Comme un enfant transi qui s’approche du feu.
Devant le sombre hiver de Paris qui bourdonne,
Ton soleil d’orient s’éclipse, et t’abandonne,
Ton beau rêve d’Asie avorte, et tu ne vois
Sous tes yeux que la rue au bruit accoutumée,
Brouillard à ta fenêtre, et longs flots de fumée
Qui baignent en fuyant l’angle noirci des toits.
[...]

Pleurant ton Orient, alors, muse ingénue,
Tu viens à moi, honteuse, et seule, et presque nue.
– N’as-tu pas, me dis-tu, dans ton coeur jeune encor
Quelque chose à chanter, ami ? car je m’ennuie
A voir ta blanche vitre où ruisselle la pluie,
Moi qui dans mes vitraux avais un soleil d’or !

Un détail de la salle chinoise
Cela nous offre l'occasion de visiter la Maison de Victor Hugo, située au 6 place des Vosges, dans le 4e arrondissement de Paris. Ce musée littéraire, installé dans l'ancien appartement de l’écrivain, est un véritable voyage dans l’univers de l’auteur des Misérables et de Notre-Dame de Paris.
Victor Hugo a résidé dans cet appartement au 2e étage de 1832 à 1848, une période riche en création littéraire. Il y a écrit plusieurs œuvres majeures, ainsi que des poèmes de Les Chants du crépuscule et une partie de Ruy Blas, sa célèbre pièce de théâtre.
La visite du musée se divise en trois parties correspondant aux grandes étapes de la vie de Hugo : avant l'exil, pendant l'exil à Guernesey et Jersey, et après l'exil. Le parcours permet de découvrir des objets personnels, des manuscrits, des illustrations, et des œuvres d'art qui lui étaient chers. Chaque pièce reflète à la fois son style de vie et ses goûts éclectiques. La salle chinoise, notamment, témoigne de l'intérêt de Hugo pour les arts orientaux.
La Maison de Victor Hugo offre une expérience immersive où l’on peut ressentir l’esprit créatif et la personnalité de l’écrivain. En plus de ses meubles et objets personnels, le musée expose également des portraits et des œuvres réalisées par Hugo lui-même, qui était aussi dessinateur talentueux.
L'appartement donne sur la magnifique Place des Vosges, la plus ancienne place de Paris, et après la visite, il est possible de se promener dans ce quartier historique du Marais, cherchant à capter l’inspiration littéraire qui a habité l’un des plus grands auteurs de la littérature française.
Une halte à la Maison de Victor Hugo, c’est un voyage dans l’intimité d’un génie qui a marqué Paris et la France à jamais.

samedi 9 novembre 2024

Mes recherches de thèse (qu'est-ce que je fais là?)

Ce blog est agé d'une semaine, et il est grand temps que j'explique ce que je suis en train de faire à Paris, exactement. La raison principale de ma présence ici est une reprise d'études. Je suis docteur en littératures francophones de l'Université de Bologne, et là, j'ai décidé de préparer une deuxième thèse en littérature italienne à la Sorbonne Nouvelle. 
Mes recherches actuelles portent sur ce que j'ai défini la construction généalogique de l'identité. Le roman italien des quinze dernières années témoigne d'un intérêt pour les antécédents généalogiques des personnages: parents, grands-parents et ainsi de suite, jusqu'aux ancêtres les plus éloignés. Ma thèse est que les personnages des descendants ont besoin de regarder en arrière pour aller de l'avant, et ceci de manière plus systématique et plus profonde par rapport à ce qui émergeait de la littérature précédente. Je pense même que la généralisation de l'attention consacrée à des composantes identitaires qui remontent à un temps où l'individu n'existait pas encore est un signe de l'air du temps. 
Tous les romans de mon corpus présentent une dynamique narrative semblable, qui les rapproche des romans de formation malgré le fait que les personnages les plus présents dans la narration ne sont souvent pas les personnages qui se développent et changent.
Je crois que cela exprime quelques caractéristiques de ce moment historique, d'autant plus que les dynamiques que j'étudie dans la littérature italienne opèrent largement dans la littérature contemporaine d'autres pays. Jusque dans ma vie quotidienne, je ne fais que rencontrer des personnes qui font des recherches généalogiques ou qui sont à l' l'affût de secrets familiaux. Moi-même j'ai été récemment amenée à retrouver les traces d'un oncle oublié par l'Histoire. 
Ce qu'il est intéressant de se demander est où mènent ces recherches généalogiques. Est-ce que nos parcours individuels seraient différents si nous ne nous tournions pas en arrière? Pourquoi est-il libératoire de savoir ce qu'il s'est passé avant nous? Pourquoi y a-t-il cette impulsion à raconter ces histoires (lorsqu'elles sont inspirés des vicissitudes familiales de l'auteur) ou à en inventer?

Si vous aimez les podcasts, vous pouvez écouter l'entretien effectué par Judicaël Prigent sur mes recherches de thèse pour l'émission Thèsez-vous? de Radio Campus Paris en cliquant ici.

Si vous voulez lire certains des articles que je suis en train de publier au cours de mes recherches, cliquez ici.