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mercredi 6 mai 2026

L'Italie à l'écran

Cette année a démarré pour moi sous le signe des projections en avant-première. S'agissant de films qui s'imposent en ce moment dans les salles de la capitale, j'ai décidé de vous parler dans un seul post de trois films très différents les uns des autres. Pourtant, leur italianité est loin de constituer leur seul point commun pour moi, et non seulement parce que j'ai eu la chance, dans les trois cas, d'assister à des projections spéciales. Les trois films portent un regard particulier sur la paternité (biologique ou effectuelle), ce qui indique sans doute que la société contemporaine a besoin de réfléchir à ce rôle. En outre, chaque film met en avant au moins une actrice ou un acteur qui compte parmi mes acteurs préférés de tout temps, ce qui n'est pas un détail négligeable pour moi!

La Grazia
de Paolo Sorrentino est un film que j'ai vu en avant-première en Italie pendant les vacances de Noël. Je n'aime pas tout de Sorrentino, mais j'ai aimé La grande bellezza quand la majorité du public italien l'ignorait et que ce n'était pas encore un événement cinématographique. La Grazia repropose certaines des atmosphères et de la photographie du meilleur Sorrentino en leur offrant une dimension politique. S'agissant de Sorrentino, cette dimension politique devient bien sûr existentielle, je dirais même cosmique. Mariano De Santis, qui dans le film est le président de la République italienne vit les derniers mois de son mandat. Il est confronté à des décisions lourdes : la légalisation d'une forme d'euthanasie et deux demandes de grâce. En parallèle, la narration de son rapport avec sa fille, qui est aussi sa collaboratrice, nous permet d'apprécier ses doutes, des interrogations morales et l'évolution de sa pensée. Toni Servillo livre une performance subtile, non dénuée de quelques éclairs légers, qui s'adapte parfaitement au style poétique de Sorrentino. La Grazia est en effet une méditation sur la grâce dans toutes ses nuances possibles. De la grâce divine à la grâce politique, de l'humanité avec laquelle on se doit de légiférer sur la fin de vie à la légèreté élégante d'un geste.

Mme Bruni Tedeschi lors de
l'avant-première
de Cinque Secondi.

Cinque secondi de Paolo Virzì Met en scène Adriano, un homme reclus dans une villa toscane, écrasé par le poids d’une tragédie personnelle et d’un sentiment de culpabilité. Sa solitude est bousculée par l’arrivée d’un groupe de jeunes idéalistes décidés à redonner vie aux vignes abandonnées alentour. Valerio Mastandrea incarne avec intensité ce personnage blessé, dont l'évolution accompagne le spectateur à découvrir que son terrible secret concerne chaque être humain confronté à la mort et à la souffrance des êtres chers. La fin ouvre une marge d'espoir, même si dans le monde de Virzì il n'y a aucun espace pour la grâce, juste pour l'abnégation et la responsabilité. Une part de légèreté est assurée par la performance d'une actrice que j'adore, Valeria Bruni Tedeschi. Cette avant-première m'a été offerte par Dolcevita sur Seine, qui organise des évènements cinématographiques autour du jumelage entre Paris et Rome et que je tiens à remercier. Mme Bruni Tedeschi était rayonnante malgré les cheveux en broussaille dont elle s'est plainte publiquement. Je trouve qu'elle a une ironie et une légèreté dans l'interprétation qui aide à mieux saisir le sens de la vie, toujours en équilibre sur le gouffre.
Photo prise pendant que j'était en train de demander
à M. Favino comment il fait pour changer de tête
d'un film à l'autre. Il m'a répondu qu'il ne sait pas.

Il Maestro d'Andrea Di Stefano sort en salles aujourd'hui dans toute la France. C'est l’histoire de Felice, un adolescent talentueux au tennis, poussé à exceller par son père. Quand celui-ci engage Raul Gatti, ancien joueur désabusé interprété par Pierfrancesco Favino, pour qu'il accompagne Felice à ses premiers championnats nationaux et lui enseigne à passer à un niveau de jeux supérieur, une relation improbable se noue entre les deux. Celle-ci transforme le jeu et la manière de vivre du jeune garçon et permet de saisir les nuances de la personnalité complexe de l'enseignant. D'étape en étape, ce road-movie est une exploration du temps que les amants des années 80 apprécieront. Favino est un grand acteur qui, lors de l'avant-première parisienne, a déclaré que nous avons besoin de personnages masculins complexes. Il a également souligné que chaque être humain peut vivre toute la gamme des émotions et de situations de tous les autres. Je ne vais pas pouvoir évoquer l'atmosphère de la soirée en quelques mots, mais les réflexions des invités ont été particulièrement profondes.

Ce trio de films établissent naturellement un dialogue entre les différents enjeux culturels et sociaux italiens et français, tout en permettant d'apprécier trois regards sur l'Italie, certes, mais surtout sur la complexité des êtres humains. 

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mardi 30 septembre 2025

Une nouvelle aventure intellectuelle et humaine

Je suis très heureuse d’annoncer que j’ai obtenu un poste d’ATER (Attachée Temporaire d’Enseignement et de Recherche) à la Sorbonne Nouvelle. Il s'agit de l'université au sein de laquelle je prépare mon doctorat, donc rien n'est nouveau mais tout est nouveau en même temps. Je vais donner des cours de langue, littérature, culture et société italiennes à des étudiants de licence dans un département dynamique et stimulant.

C’est une belle opportunité de poursuivre mes activités d’enseignement et de recherche au sein d’une université reconnue et très internationale, tout en continuant à développer mes projets académiques. Ainsi, j'ai changé mes plans de retour en Italie (j'étais censée déménager au mois d'août) et réorganisé ma vie familiale avec bonheur.

Hâte de de rencontrer les étudiantes et les étudiants, de partager, d’apprendre. Une nouvelle aventure commence!


Le campus Nation de Sorbonne Nouvelle ©Christel Dardelet


vendredi 25 avril 2025

Le 25 avril à Paris

Aujourd'hui, 25 avril, est le 80ème anniversaire de la fin de la 2ème guerre mondiale pour l'Italie, célébré comme la journée de la libération du nazifascisme. C'est une date hautement symbolique pour mon pays, dont la constitution fut écrite après la fin de la guerre, lors du passage du régime monarchique au régime républicain. A Paris, la maison de l'Italie héberge une journée d'études, élargie également à d'autres pays européens, consacrée à la réflexion sur l'actualité de la résistance. En voici le programme. Bonne journée de la libération!





dimanche 6 avril 2025

Italissimo

Emanuele Trevi à la Sorbonne

Le festival Italissimo, consacré à la littérature et à la culture italienne, se clôt aujourd'hui. Cette dixième édition a été particulièrement riche d'événements et d'invités.  Dans tout Paris, dans les écoles, dans les universités, dans les librairies, dans les cinémas, dans les lieux de culture les initiatives ont fleuri et on a pu profiter (gratuitement ou pour un prix symbolique) d'ateliers, de conférences, d'apéritifs dans lesquels la culture et la littérature italienne étaient à l'honneur.

Les rencontres dans le cadre d'Italissimo sont toujours agréables et relativement intimes: le public dépasse rarement les 50 personnes, ce qui rend possibles des échanges authentiques.

Le festival attire chaque année les italiens résidant ou de passage à Paris ainsi que les nombreux français qui aiment la culture italienne. En tant qu'italienne, le seule ombre au tableau est pour moi le choix de minimiser le recours aux interprètes, même  quand les auteurs connaissent le français de façon sommaire. Je trouve en effet qu'ils pourraient mieux articuler leur pensée dans leur langue maternelle et d'écriture.

Michela Marzano au Théâtre de l'île Saint-Louis 

Toutefois, je comprends que l'initiative s'adresse surtout aux Français italophiles qui lisent ces auteurs en traduction. Pour eux, c'est certainement plus pratique d'entendre les écrivains s'exprimer directement en français. Il faut admettre également que de nombreux écrivains italiens sont francophiles et parviennent à stimuler la réflexion et la discussion en français aussi.

Depuis 2021, Le festival Italissimo existe aussi dans une version lyonnaise. Depuis quatre ans, il y a donc deux rendez-vous par an avec la culture italienne.

Arrivederci a presto! 

mardi 1 avril 2025

Le Duc


Comme d'habitude, je parle ici des romans italiens qui m'ont plu lorsqu'ils sont publiés en France. Le 4 avril, Métailié publiera Le Duc de Matteo Melchiorre dans la traduction d'Anne Echenoz et Serge Quadruppani. C'est l'histoire du dernier descendant d'une famille noble, les Cimamonte. Ce jeune homme solitaire, surnommé justement « le Duc », s'installe dans la villa familiale à Vallorgàna, un petit village de montagne. Sa tranquillité est interrompue dès les premières pages, lorsque Nelso, un bûcheron et bricoleur de confiance, l'informe que Mario Fastréda, un homme âgé connu pour son influence dans la ville, a déplacé les limites entre son propre domaine et celui du Duc en s'appropriant de fait d'une quantité conséquente de forêts. 

Cet événement déclenche chez le protagoniste un sentiment de fierté et de détermination à défendre ses droits et la mémoire de sa famille. En même temps, le Duc trouve des traces et des documents de plus en plus troublants concernant ses ancêtres. Bientôt, la dispute entre voisins se confond avec l’histoire des ancêtres, car les deux choses sont enracinées dans le lieu, et le lieu à son tour implique une temporalité. Au contact de personnages qui lui ressemblent ou lui parlent d'une manière ou d'une autre de lui, le Duc se retrouvera dans un tourbillon d'époques, de conflits et de secrets indicibles. S'en sortira-t-il vivant ?

Je ne révélerai rien, mais je recommande le roman à ceux qui ne savent pas s'il vaut mieux avancer ou regarder en arrière, ou à ceux qui cherchent un moyen de faire les deux choses en même temps. Matteo Melchiorre, que j'ai eu la chance de rencontrer, aborde des questions existentielles profondes et complexes avec une narration irrésistible. Bonne lecture!

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dimanche 26 janvier 2025

Mères

Mes recherches de thèse m'amènent à étudier des romans et des récits publiés en italien. Toutefois, quand une oeuvre italienne est publiée en français, j'en parle volontier ici, spécialement s'il s'agit d'une oeuvre qui m'a touché particulièrement. Ma mère est un fait divers de Maria Grazia Calandrone a été publié en France il y a quelques mois, peu avant le lancement de ce blog, dans la traduction de Nathalie Bauer pour les éditions du Globe.

Maria Grazia Calandrone, qui est née à Milan, a été abandonnée à Rome par ses parents biologiques à l'age de 8 mois. Ceux-ci se sont suicidés le jour même. Elle a ensuite été adoptée par une famille de Rome. Dans cette oeuvre et dans une autre qui n'a pas encore été traduite en français, elle retrace les vicissitudes de chacune de ses deux mères. Ma mère est un fait divers est consacrée à sa mère biologique. Il s'agit d'un récit de filiation atypique, parce que la prose est intercalée à des vers. L'enquête que Maria Grazia mène la porte non seulement à découvrir et à recomposer une série d'informations fragmentaires concernant sa mère Lucia, mais surtout à contextualiser son geste et celui de son compagnon Giuseppe (le père de Maria Grazia) dans la société italienne des années 60. Ainsi, de choix intime et désespéré, leur suicide recontextualisé devient un geste politique d'espoir.

Au-delà du portrait d'un pays dans lequel le divorce était illégal, au-delà de la juste réflexion, par ailleurs très finement menée, sur la retombée des lois sur la vie des individus, ce livre m'a touchée au point que quand j'ai eu la possibilité de rencontrer son auteure et de l'interviewer, je me suis émue. Son écriture parle d'amour et de liberté, c'est une fleur qui bourgeonne au cœur des ruines. La narratrice ne s'adresse pas seulement aux personnes qui ont connu une oppression comme celle vécue par Lucia, ni à ceux qui s'y intéressent, mais à chaque etre humain. Bonne lecture. 

dimanche 19 janvier 2025

L'âge fragile

L'âge fragile est un roman de Donatella Di Pietrantonio, publié chez Einaudi en 2023 et lauréat des prix Strega et Strega giovani2024. Nous en parlons aujourd'hui car sa traduction, de Laura Brignon, vient d'être publiée en France par Albin Michel.

L'histoire est racontée par Lucia, une physiothérapeute qui vit dans un village près de Pescare. Séparée de son mari, Lucia s'inquiète pour sa fille Amanda, étudiante à l'université de Milan. Pendant l'enfermement pour le COVID, Amanda revient à la maison, affichant un comportement fermé et silencieux. Parallèlement, Lucia est confrontée au souhait de son père de lui léguer un terrain familial situé pas loin, dans les Apennins. Ce terrain est marqué par un événement tragique survenu trente ans plus tôt : l'assassinat de deux jeunes touristes de Modène et la blessure de Doralice, l'amie d'enfance de Lucia. Ce traumatisme a marqué la communauté locale ainsi que la vie de la narratrice. 
Cette histoire me parle pour plusieurs raisons. Superficiellement, le fait que les touristes agressées sont originaires de ma propre ville en Italie m'a tout de suite interpellée. (En réalité, l'épisode de violence sur les touristes  est bien inspirée d'un épisode réel, mais celui-ci ne s'est pas vérifié aux dépens de modenaises). Le style sec et incisif de l'écriture de Di Pietrantonio m'a captivée ultérieurement pour l'intensité et la finesse que l'auteure parvient à déployer dans la narration des émotions des personnages et de l'atmosphère des lieux.
J'ai eu la chance d'interviewer cette écrivaine, et elle m'a dit qu'elle est intéressée par les traumas pour la manière qu'ils ont de défaire les parcours de vie des personnes, qu'elle est fascinée par la manière dont celles-ci se reconstruisent. L'empathie et l'art de Donatella di Pietrantonio la rendent très apte à narrer ces deconstructions et ces reconstructions tout en captivant le lecteur avec une certaine suspense.
Ce mardi 21 janvier 2025, à 19h30, l'écrivaine présentera cette œuvre à la librairie italienne La Tour de Babel.