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mardi 18 novembre 2025

La bataille de Vertières: la victoire par antonomase


La bataille de Vertières, survenue le 18 novembre 1803, est l'un des événements les plus décisifs de l'histoire haïtienne et a marqué la fin de la guerre d'indépendance contre la France. Cette bataille s'est déroulée dans la région de Vertières, située au nord d'Haïti, près de la ville de Cap-Haïtien. Elle a joué un rôle crucial dans la victoire des forces indépendantes menées par Jean-Jacques Dessalines contre l'armée coloniale française.

À cette époque, Haïti, alors connue sous le nom de Saint-Domingue, était le théâtre d'une guerre acharnée entre les révolutionnaires haïtiens et les troupes françaises de Napoléon Bonaparte. Après des années de luttes et de soulèvements, la bataille de Vertières est devenue le point culminant de la rébellion.

Jean-Jacques Dessalines, qui était un leader emblématique de la révolution haïtienne et l'un des principaux généraux de l'armée indépendantiste, a dirigé ses troupes avec une détermination farouche. L'armée haïtienne, composée principalement de soldats noirs et affranchis, a affronté les forces françaises avec une bravoure impressionnante, malgré l'absence de soutien matériel adéquat et les conditions difficiles sur le terrain.

La bataille de Vertières s'est caractérisée par des combats intenses et une stratégie habile de la part des leaders haïtiens. Dessalines a réussi à repousser les forces françaises, qui étaient dirigées par le général Rochambeau, et a infligé une défaite décisive à l'armée coloniale. Cette victoire a eu des répercussions profondes, car elle a scellé le destin de la colonie française et a ouvert la voie à la déclaration d'indépendance d'Haïti.

Le 1er janvier 1804, après la victoire de Vertières et les dernières opérations militaires pour sécuriser le territoire, Haïti a proclamé son indépendance, devenant ainsi la première république noire libre du monde et la première nation à abolir l'esclavage. La bataille de Vertières reste aujourd'hui un symbole puissant de la lutte pour la liberté et l'indépendance, et elle est célébrée avec fierté dans l'histoire haïtienne comme un moment fondateur de la nation.

On dit que la neuvième édition du dictionnaire de l'Académie française, actuellement en cours d'achèvement, fera mention de Vertières sous le mot Victoire, à l'initiative de Dany Laferrière... Si c'est le cas, Vertière deviendra, en français, la victoire par antonomase.

jeudi 13 novembre 2025

Le 13 novembre, dix ans après

Aujourd'hui Paris commémore le massacre du 13 novembre 2015 par plusieurs initiatives. La plus immédiate et sans doute la plus efficace pour ceux qui se trouvaient ce jour-là à Paris est la possibilité offerte par la Mairie de Paris de se rendre sur Place de la République pour déposer un objet, un billet où une fleur. 

La place était devenue une espèce de mémorial improvisé à l'époque des trois attaques de 2015, c'est pourquoi  maintenant et jusqu'à dimanche 16, chacun est appelé à se recueillir aux pieds de la statue de la République. La même place héberge également un grand écran diffusant en direct les images de la cérémonie officielle, assez spectaculaire et comptant sur les contributions de plusieurs artistes.

En ce moment, un dessin animé passe dans les salles: La vie de château. Mon enfance à Versailles. C'est l'histoire d'une enfant qui vit dans le château de Versailles avec son oncle. Cette enfant est pupille de la nation parce que ses parents ont été tués dans un attentat. On la voit bien passer devant le mémorial improvisé Place de la République. Je trouve que c'est une manière très délicate et efficace pour que les enfants se rendent compte des conséquences concrètes de ces évènements marquants qui risquent sinon de demeurer très abstraits pour eux. C'est aussi une bonne occasion pour en parler en famille. Bonne vision!

lundi 3 novembre 2025

Girard et mémoire de maîtrise


Aujourd'hui je voudrais commémorer l'anniversaire de la mort de René Girard, un philosophe qui a profondément marqué le travail que j'ai fait pour mon mémoire de maîtrise, le siècle dernier, à l'université de Parme. Mon mémoire de maîtrise était consacré à la notion d’altérité dans les œuvres de Daniel Pennac. J’ai articulé mon analyse en quatre parties:

1. La figure du bouc émissaire comme l’autre par excellence.

2. “L’autre personnage”

3.L’intertextualité comme une relation avec un autre écrivain

4. L’utilisation du langage dans les romans (notamment l’utilisation de l’argot comme un langage-autre) et d’autres démarches aliénantes, tels les jeux de mots, l’identité glissante du narrateur, les changements de style.

Dans Le Bouc émissaire, René Girard explore le mécanisme de la violence collective à travers le concept du bouc émissaire. Il montre comment les sociétés projettent leurs tensions et conflits internes sur une victime innocente, perçue comme responsable des troubles. Ce processus, qu'il relie aux mythes et rituels religieux, permet de restaurer la paix sociale en éliminant la victime. Girard examine aussi le rôle des textes bibliques, qui, selon lui, révèlent et dénoncent ce mécanisme. Il propose ainsi une relecture anthropologique de la violence et du sacré dans les cultures humaines. 
J’ai démontré que, loin d’avoir constitué simplement une source d’inspiration pour Pennac, cet essai a structuré profondément la série Malaussène. Les notions philosophiques élaborées par Girard et visant à démontrer que le Christ a renversé le mécanisme qui produit le bouc émissaire (qui devient une figure positive, celle de l'agneau) ont été utilisées par Pennac comme des contraintes littéraires.

Après cette démonstration, j'ai procédé dans l'analyse du thème du double, qui est examiné par Girard dans son essai et est très présent dans les œuvres de Pennac. J’ai appliqué la notion d’aliénation aux personnages dédoublés. Je me suis occupée ensuite de l’exclusion des personnages pennaciens. La différence est souvent stéréotypée chez Pennac, ce qui m’a permis une excursion à propos de l’usage des stéréotypes et des archétypes dans ses œuvres. L’archétype est exploité comme une image, ce qui implique une relation d’altérité avec ce qui est représenté dans l’image, le personnage qui se cache derrière l’image archétype.

Umberto Eco a défini la production en série comme pur mythe pour deux raisons: la répétition de l'identique, et le fait que les représentations en série sont en général figuratives. Une fois apprécié le mythe, il s'ouvre selon Eco une deuxième possibilité au lecteur/spectateur: celle de juger la forme esthétique de l'objet proposé, c'est à dire la variation sur thème mythique. Ce qui importe sont les techniques de variation, mais une variabilité infinie n'est qu'une répétition cyclique et mythique. Les appellations tout à fait semblables aux épithètes de l'épique classique, ou les reprises de formules similaires, comme si chaque roman était un long poème à apprendre par cœur sont fréquentes dans les œuvres de Pennac. Ce qui rend "autres" ces formules par rapport au genre épique et à la forme mythique sont les contenus de ces épithètes, souvent ironiques dans le cas de Pennac.

Le rapport ludique de Pennac avec le texte rend insaisissables les limites entre les différents niveaux textuels, et confond le lecteur qui veut savoir qui est en train de narrer et pourquoi, en donnant ainsi l'impression, à la longue, d'un texte qui se fait tout seul et qui se dit tout seul, d'un texte mythique.
La conclusion montre que les aspects de l'altérité que j'ai analysés ont de strictes rapports réciproques par le biais du mythe. Le thème principal de l'œuvre de Pennac sont les rapports de domination que l'auteur analyse d'un point de vue mythique et rituel. Pennac dévoile souvent les mythes et les rites qui sont à la base des comportements sociaux, parce que dans un contexte littéraire postmoderne les savent reconnaître un mythe dans sa forme codifiée, et ils s'en méfie en tant que genre littéraire. D'autres fois, l’auteur dissimule la structure mythique de ses propres narrations, empêchant ainsi au lecteur de mettre son apparat critique en action. Livré à l’affabulation et à jouissance de l'intrigue, le lecteur ne reconnaît plus le mythe bien qu’il soit hyperconnoté. La structure mythique permet à l’écrivain d’effectuer les "variations sur thème" qui sont typiques de la production postmoderne.

samedi 11 octobre 2025

Maryse Condé

Credits: Getty images
J'aime me souvenir en ce jour de Maryse Condé, parce que le 12 octobre 2018 elle a remporté le Nouveau prix de littérature en reconnaissance de l'ensemble de son œuvre. Cette année là, le prix Nobel n'a pas été décerné à cause de scandales concernant les membres du jury. Le nouveaux prix de littérature est ce qui l'a substitué. Ainsi, Maryse Condé a obtenu un "Presque Nobel" pourtant très significatif parce que assigné par un jury populaire. 

Quand elle a disparu, en 2024, cela m'a particulièrement ému, car il y a très longtemps, je l'ai rencontrée chez elle, en Guadeloupe, pour l'interviewer dans le cadre de mes recherches pour Archipels littéraires.  Elle était déjà très connue à l'époque, bien que personne n'aurait imaginé qu'elle allait recevoir le Prix Nobel, alternatif ou non. Elle m'accueillit dans le jardin tropical de sa villa de campagne. En me donnant les indications pour arriver, elle m'avait dit: "Si vous vous perdez, demandez de la maison de Maryse Condé: tout le monde sait où c'est". L'endroit était pourtant si isolé que son mari (et traducteur) me raccompagna en voiture à mon logement. Pendant des décennies, Maryse Condé a alterné des séjours dans cette maison éloignée de toute mondanité à des périodes d'enseignement dans des différentes facultés étatsuniennes, dont l'université Columbia. Quand elle était plus jeune, après avoir fait ses études à la Sorbonne, elle avait résidé aussi en Guinée, au Ghana et au Sénégal.  

Ainsi, la variété de thèmes et de décors de ses romans n'est pas gratuite, mais strictement liée à son expérience existentielle et humaine. Ses romans explorent aussi les thèmes de l'héritage colonial, de la mémoire collective, de l'identité noire, et de la diaspora africaine. Elle questionne souvent la notion d'appartenance, cherchant à définir ce que signifie être Antillais dans un monde postcolonial et mondialisé. Si vous ne la connaissez pas encore, il faut se mettre à lire!


vendredi 23 mai 2025

Le juge et l'écrivain

A l'occasion de l'anniversaire de l'attentat à Giovanni Falcone, à sa femme Francesca Morvillo qui était aussi magistrate, et à leur escorte, je republie mon compte rendu du roman de Roberto Saviano consacré à la vie du juge italien qui a mieux compris et combattu la mafia. Le roman a été publié en France le 6 février 2025.

La version française de Giovanni Falcone, un roman de Roberto Saviano, sort aujourd'hui en France chez Gallimard dans la traduction de Laura Brignon. C'est un portrait du juge Giovanni Falcone, qui a fait l'histoire italienne pour sa droiture morale contre la mafia qui a fini par le tuer dans un attentat. Saviano tente ici d'approfondir, à travers un imagination domptée par des sources irréfutables, le profil humain du célèbre juge.

L'histoire commence avec un épisode de 1943 à Corleone, où le jeune Totò Riina assiste à la mort des membres de sa famille alors qu'il tente de désamorcer une bombe alliée. Cet événement marque symboliquement l’avènement d’un nouveau modèle mafieux.

Le protagoniste de l'oeuvre reste Giovanni Falcone, dont la capacité à comprendre, malgré l’isolement et les menaces, la complexité d’une organisation criminelle omniprésente, est mise en évidence à chaque ligne. Le roman montre également comment le travail de Falcone a contribué à la prise de conscience collective de la nécessité de lutter contre la mafia.

Que vous le lisiez pour vous informer ou simplement pour réfléchir et pour vous souvenir, Giovanni Falcone relit une page de l’histoire italienne que nous n’avons pas encore pleinement comprise, mais parle également de la solitude et du courage.

Roberto Saviano sera à Paris ce samedi 8 février pour une masterclass au MK2 bibliothèque du 13e arrondissement.

Pour la version italienne de ce post, cliquez ici

vendredi 25 avril 2025

Le 25 avril à Paris

Aujourd'hui, 25 avril, est le 80ème anniversaire de la fin de la 2ème guerre mondiale pour l'Italie, célébré comme la journée de la libération du nazifascisme. C'est une date hautement symbolique pour mon pays, dont la constitution fut écrite après la fin de la guerre, lors du passage du régime monarchique au régime républicain. A Paris, la maison de l'Italie héberge une journée d'études, élargie également à d'autres pays européens, consacrée à la réflexion sur l'actualité de la résistance. En voici le programme. Bonne journée de la libération!





dimanche 23 mars 2025

Orgueil et préjudice à Saint Denis

Photo tirée de:
www.saint-denis-basilique.fr/decouvrir/histoire-du-monument

J'ai disparu de ce blog pendant un moment car... je me suis fait voler mon portable dans le métro à Saint-Denis ! Oui, je sais, c'es le mauvais cliché de la banlieue défavorisée.

Je tiens à préciser que j'étais à Saint-Denis pour accompagner la classe de mon fils visiter la célèbre basilique Saint Denis qui abrite les dépouilles de presque tous les rois de France. Saint Denis est aussi une ville riche en destinations culturelles et artistiques, dynamique, pleine d'initiatives sociales et de projets de réaménagement urbain. Les associations de quartier, les programmes de médiation et les programmes d’intégration professionnelle contribuent à s’attaquer aux causes profondes de la criminalité. Ces efforts méritent d’être davantage soulignés pour lutter contre les préjugés persistants.

Les statistiques criminelles montrent que la criminalité existe bel et bien à Saint-Denis, mais son ampleur et sa nature ne diffèrent pas substantiellement de celles observées dans d'autres villes de taille comparable. De plus, les résidents eux-mêmes expriment un sentiment d’insécurité qui varie selon le quartier et les expériences personnelles. Quand on m'a piqué mon téléphone, j'étais moins attentive que d'habitude car j'étais occupée à regarder le groupe d'enfants que le professeur m'avait assigné et je n'ai pas pensé à mettre mon téléphone portable à l'endroit habituel. J'aurais pu me le faire voler ailleurs aussi.

Je voudrais donc souligner que Saint-Denis est bien plus qu’une simple série de statistiques criminelles. C'est une ville vivante, en constante évolution, animée par ses habitants.

En ce qui concerne ce blog, le lendemain de la disparition de mon téléphone portable, j'ai participé à un colloque dans une autre ville, j'ai donc disparu pendant un temps relativement long, mais je suis de retour. Quant à mon contact personnel, vous pouvez me contacter pour l'instant à mon numéro français, par email ou sur les réseaux sociaux. Vive Saint Denis !

vendredi 21 février 2025

Adieu Frankétienne

Aujourd'hui 21 février j'allais écrire un texte sur la Journée internationale de la langue maternelle, proclamée en ce jour par l'UNESCO et observée dans le monde entier depuis 2000. Mais c'est aujourd'hui qu'une triste nouvelle m'est parvenue: celle du décès de l'écrivain et artiste Haïtien Frankétienne, advenu hier en Haïti.

Rappeler Frankétienne en ce jour né pour promouvoir la diversité linguistique et culturelle ainsi que le multilinguisme serait très adapté, si la récurrence n'était pas aussi triste. Frankétienne a en effet largement contribué à la reconnaissance du créole comme langue littéraire, mais il a été un artiste complet qui, en plus de la littérature, a marqué également la peinture et le théâtre en Haïti.

©Manuelcasanovafernandez
Le spiralisme, un mouvement multidisciplinaire dont il est cofondateur, s’inspire du chaos, des spirales de la nature et de la complexité du monde. C'est un monstre sacré de la littérature et de l'art, mais c'est par un poème mineur que je souhaite célébrer son souvenir, un tout petit poème que j'aime relire de temps à autre:

Tu es trop triste
mon amour
Ne plie pas les genoux.
Redresse
le serpent vertébral
pour la danse verticale
d’une si reine
aérienne

(Anthologie secrète, Mémoire d’encrier)



dimanche 26 janvier 2025

Mères

Mes recherches de thèse m'amènent à étudier des romans et des récits publiés en italien. Toutefois, quand une oeuvre italienne est publiée en français, j'en parle volontier ici, spécialement s'il s'agit d'une oeuvre qui m'a touché particulièrement. Ma mère est un fait divers de Maria Grazia Calandrone a été publié en France il y a quelques mois, peu avant le lancement de ce blog, dans la traduction de Nathalie Bauer pour les éditions du Globe.

Maria Grazia Calandrone, qui est née à Milan, a été abandonnée à Rome par ses parents biologiques à l'age de 8 mois. Ceux-ci se sont suicidés le jour même. Elle a ensuite été adoptée par une famille de Rome. Dans cette oeuvre et dans une autre qui n'a pas encore été traduite en français, elle retrace les vicissitudes de chacune de ses deux mères. Ma mère est un fait divers est consacrée à sa mère biologique. Il s'agit d'un récit de filiation atypique, parce que la prose est intercalée à des vers. L'enquête que Maria Grazia mène la porte non seulement à découvrir et à recomposer une série d'informations fragmentaires concernant sa mère Lucia, mais surtout à contextualiser son geste et celui de son compagnon Giuseppe (le père de Maria Grazia) dans la société italienne des années 60. Ainsi, de choix intime et désespéré, leur suicide recontextualisé devient un geste politique d'espoir.

Au-delà du portrait d'un pays dans lequel le divorce était illégal, au-delà de la juste réflexion, par ailleurs très finement menée, sur la retombée des lois sur la vie des individus, ce livre m'a touchée au point que quand j'ai eu la possibilité de rencontrer son auteure et de l'interviewer, je me suis émue. Son écriture parle d'amour et de liberté, c'est une fleur qui bourgeonne au cœur des ruines. La narratrice ne s'adresse pas seulement aux personnes qui ont connu une oppression comme celle vécue par Lucia, ni à ceux qui s'y intéressent, mais à chaque etre humain. Bonne lecture. 

mercredi 8 janvier 2025

9 Janvier 1950

Le 9 janvier 1950, les ouvriers de Modena la ville italienne où j'ai passé la plus grande partie de ma vie, furent appelés à une grève provinciale pour protester contre le licenciement de la plupart des ouvriers des Fonderie Riunite d'Adolfo Orsi. Ce licenciement massif visait à permettre l'embauche de personnel qui n'était lié ni à des syndicats ni à des partis politiques.

La veille de la grève, environ 1.500 policiers venus d'autres provinces d'Émilie-Romagne sont arrivés à Modène et, selon la vox populi, beaucoup d'entre eux sont allés se saouler dans un bar avant de se rendre aux Fonderie Riunite. Le fait est que des policiers et des carabiniers gardèrent lourdement les fonderies, se postant même sur les toits de l'usine armés de mitrailleuses et intervenant avec un véhicule blindé et de l'artillerie lourde. Le bilan de la journée s'élève à 6 morts et 200 blessés, certains grièvement. Les personnes tuées sont mortes de différentes manières : certaines touchées à la poitrine, d'autres à la nuque, une lynchée dans un fossé à coups de crosse de fusil.

L'un des 6 morts était Arturo Malagoli, vingt ans, le frère de ma grand-mère, qui était enceinte au moment des événements et qui a décidé de nommer son fils unique (mon père) Arturo, en l'honneur de son frère. Cet épisode a profondément affecté ma famille et celle des autres victimes. L'année dernière, j'ai raconté cette histoire à Valentin Prévôt, illustrateur parisien qui l'a choisie avec deux autres pour la transformer en bande dessinée.

L'affaire constitue une blessure qui ne s'est jamais cicatrisée dans la mémoire des Modénais et la pierre commémorative des victimes se trouve encore à l'endroit où se trouvaient les Fonderie Riunite, dans un point éloigné du centre, peu fréquenté et peu visible. Evidemment, il s’agit toujours d’un épisode qui gêne certains. Le 9 janvier 2019, le collectif FX a dévoilé une fresque murale temporaire (sur papier) à proximité de la pierre commémorative, où se réunissent chaque année des proches des victimes et un représentant des autorités. Les agents de la Digos ont démoli la fresque murale que vous voyez sur la photo de la Gazzetta di Modena avant le début de la commémoration du massacre. La préfecture de police a déclaré à Repubblica (édition de Bologne) que l'intervention était due au fait que le travail avait été jugé inapproprié par les policiers.

Les proches des victimes ont lancé une pétition pour permettre au collectif de réaliser la même fresque sur le mur de l'aqueduc adjacent, et l'ont relancée en demandant à l'administration de placer une plaque à la mémoire des morts sur la Piazza Grande. Aujourd'hui, 9 janvier 2025, la plaque de la Piazza Grande n'existe toujours pas.

jeudi 5 décembre 2024

Notre Dame revient à Paris

Le 15 avril 2019, l'un des événements les plus tragiques de l'histoire récente de Paris a eu lieu : un incendie dévastateur a ravagé la cathédrale Notre-Dame de Paris, l'un des monuments les plus emblématiques de la capitale et un chef-d'œuvre de l'architecture gothique.
L'incendie a débuté vers 18h30 sous la charpente en bois du toit, souvent appelée "la forêt" en raison du grand nombre de poutres en chêne qui la constituaient, certaines datant du XIIIe siècle. En l'espace de quelques heures, les flammes se sont rapidement propagées, détruisant la plus grande partie du toit et menaçant l'ensemble de la structure.
L'image de la flèche de Notre-Dame, conçue par l'architecte Eugène Viollet-le-Duc au XIXe siècle, s'effondrant sous les flammes, a marqué le monde entier. Les pompiers ont lutté pendant près de 15 heures pour maîtriser le feu, empêchant ainsi la destruction complète de l’édifice.
L'origine exacte de l'incendie demeure incertaine, mais les enquêteurs privilégient la piste accidentelle, liée à des travaux de rénovation qui étaient en cours à l'époque. La charpente en bois, très ancienne, était particulièrement vulnérable à ce genre d'incident. Aucune trace d'acte criminel n'a été découverte lors de l'enquête.
L'une des pertes les plus symboliques a été la flèche, qui s'est effondrée, ravagée par les flammes. La quasi-totalité du toit, dont la structure médiévale en bois, a été détruite. Bien que l'incendie ait principalement affecté l'extérieur, certaines parties de l'intérieur ont également été touchées, notamment certaines des voûtes qui se sont effondrées sous le poids du toit en flammes. La plupart des trésors de Notre-Dame, comme la Couronne d'épines (relique précieuse), la tunique de Saint Louis et d'autres objets religieux, ont été sauvés grâce à l’intervention rapide des pompiers et des autorités.
Immédiatement après l'incendie, des donateurs se sont mobilisés en France et à l'étranger, pour entamer immédiatement la reconstruction. efforts ont été entrepris pour stabiliser la structure et protéger l'édifice des intempéries. Il a été décidé de reconstruire la cathédrale à l’identique. Le président Macron a confirmé que la flèche serait reconstruite selon les plans originaux de Viollet-le-Duc en 5 ans.
Effectivement il y a quelques jours la statue de Notre-Dame a fait retour dans l'église, et demain, le 7 décembre l'inauguration officielle aura lieu, accompagnée de cérémonies religieuses. Le 8 décembre, jour de l'immaculée conception, auront lieu la première messe et la consécration de l'autel. 

jeudi 28 novembre 2024

Lieu(x)

Les villes dans lesquelles j’ai vécu m’ont offert la possibilité de réfléchir sur l’espace urbain, spécialement si elles avaient été narrées par des écrivains que j’aime. Les romans de Daniel Pennac, auxquels j’ai consacré mon mémoire de maîtrise, m’ont donné la première occasion pour visiter des lieux de Paris que je ne connaissais pas. Cette recherche a abouti à Belleville: la Parigi di Daniel Pennac écrit en collaboration avec Anusca Ferrari.
Ce guide littéraire (disponible uniquement en italien) propose des itinéraires pour partir à la recherche de ses personnages avant de se concentrer sur le quartier de Belleville. Ce quartier de la capitale française a une histoire singulière dont on trouve souvent les traces dans les vicissitudes de la tribu Malaussène que Pennac a racontées dans sa saga. Le lecteur qui voudra suivre les indications de cet ouvrage devra se servir de son attention, aussi bien que de sa fantaisie, pour saisir les drames et l’ironie de ce quartier. Pour Pennac, la ville est un prétexte à l’écriture et à la création, un lieu d’inventions, une source de romanesque. L’auteur parvient ainsi à déjouer la capacité des lecteurs contemporains de reconnaître le mythe en leur permettant de s'abandonner à la jouissance de l'intrigue. Les images de Paris et de Belleville sont ainsi réactualisées. La découverte d’une intersection possible entre le monde urbain et le monde littéraire m’a été utile pour lire les romans comme des villes textuelles et les lieux réels comme des points de départ pour une série de variations littéraires. En tout cas, il a été intéressant de parcourir à rebours le chemin du romancier. Anusca et moi, nous avons mû de la narration du lieu pour arriver aux lieux des narrations où s’inscrit la trace de vicissitudes urbaines inimaginables. Celles-ci sont souvent tellement invraisemblables, que quand le romans les révèlent, les lecteurs les considèrent comme un fruit de la fantaisie de l’écrivain.

Mon séjour en Martinique, si important d’un point de vue humain, m'a aussi menée à approfondir l’étude du rapport entre urbanisme et littérature. Fort-de-France a été une découverte perpétuelle pour une lectrice compulsive comme moi. Où que j’aille, j’avais l’impression d’entrer dans un roman. Les jardins publics de Fort-de-France, la Savane, étaient pour moi le lieu de la mort de Solibo Magnifique, un des personnages de Chamoiseau. La bibliothèque Schœlcher me rappelait des descriptions austères, et la crainte révérencielle qu’elle suscite chez les personnages de Confiant. Quant à l’ancienne mairie, j’étais émue de savoir qu’Aimé Césaire y recevait toujours les visites des étudiants et des intellectuels. Pour moi Césaire était un personnage abstrait, le poète par excellence! Alors qu'il était là, en chair et en os, dans l’ancienne mairie, où il m'a brièvement reçue aussi. Le banlieues de Fort-de-France qui, comme partout, ont un aspect vaguement inhumain et impersonnel, ont aussi constitué une étape importante de mes pérégrinations. Le Morne Pichevin, dont l’aspect actuel conserve très peu du quartier sordide et mystérieux qu’évoquent les romans de Confiant, conserve encore quelques vestiges des années (50 et 60) qui l’ont rendu célèbre. Puisqu’on me l’avait déconseillé, je suis allée aussi à Texaco, la célèbre bidonville qui a inspiré le roman de Chamoiseau. Je ne me suis jamais sentie en danger: la restructuration était presque en train de le transformer en un quartier résidentiel qui, à l’instar de beaucoup d’autres banlieues, ne devient dangereux que la nuit.
Les rapports entre ces lieux et les narrations qu’ils avaient inspirées, le constat d’une sensibilité urbaine et architectonique tout à fait différente de celle que je connaissais, m’ont décidée à projeter un autre guide littéraire à partir de mes notes de voyage. Fort-de-France o la città invisibile (disponible uniquement en italien) invite à découvrir la Martinique avec deux romanciers: Patrick Chamoiseau et Raphaël Confiant. À partir de leurs romans traduits en italien, des endroits du quotidien foyalais sont évoqués avant tout comme lieux littéraires. Des jardins publics, le lecteur se retrouve ensuite dans l’«En-ville» et constate la dégradation des marchés et des rues commerciales, si importantes pour les romanciers. Les quartiers malfamés ont inspiré autant de romans, mais que représentent ces lieux en dehors de la fiction? Dans cette quête géopoétique, j'ai fini par m’égarer entre une ville réelle et son double imaginaire. Mon hypothèse est que certains des caractères propres de Fort-de-France constituent un héritage des logiques de la plantation (de l’habitation, pour être précis). Notamment, le flottement onomastique de la capitale martiniquaise semble correspondre à la pratique du « nom secret ». 

Modena aussi, la ville où j'ai passé la plus grande partie de ma vie, m'a inspiré un projet que j'ai présenté à la Casa delle culture qui l'a soutenu et financé avec la Cassa di Risparmio di Modena. Modena extra… ordinaria, est un livre d'entretiens enrichi des photos de mon ami Enrico Bertani. La ville y est décrite par nos concitoyens étrangers ou d'origine étrangère, des personnes d'ages différents et venant de parcours disparates. Leurs points communs sont la résidence à Modena et l'expérience de vie d'au moins deux pays différents. Ce projet m'a permis d'expérimenter un accueil extra... ordinaire de la part des personnes interviewées, qui se sont pretées au jeu avec une grande disponibilité.

En somme, le(s) lieu(x), surtout les villes, ont toujours été, pour moi, un lieu de fascination et de rencontres.



vendredi 15 novembre 2024

Merci! ❤️

Les narrateurs et le graphiste du projet devant les planches exposées 

Je souhaite remercier tous ceux qui ont participé, hier soir, au vernissage de l'expo du projet STRIP. Nombreux ont été ceux qui sont venus en personne, et encore plus nombreux ceux qui y étaient avec leur cœur ❤️.
Merci aussi à tous ceux qui ont rendu possible la réalisation matérielle du projet par leur aide financière ou par la mise à disposition d'un talent ou d'une compétence.
Au revoir à la prochaine aventure !

samedi 9 novembre 2024

Mes recherches de thèse (qu'est-ce que je fais là?)

Ce blog est agé d'une semaine, et il est grand temps que j'explique ce que je suis en train de faire à Paris, exactement. La raison principale de ma présence ici est une reprise d'études. Je suis docteur en littératures francophones de l'Université de Bologne, et là, j'ai décidé de préparer une deuxième thèse en littérature italienne à la Sorbonne Nouvelle. 
Mes recherches actuelles portent sur ce que j'ai défini la construction généalogique de l'identité. Le roman italien des quinze dernières années témoigne d'un intérêt pour les antécédents généalogiques des personnages: parents, grands-parents et ainsi de suite, jusqu'aux ancêtres les plus éloignés. Ma thèse est que les personnages des descendants ont besoin de regarder en arrière pour aller de l'avant, et ceci de manière plus systématique et plus profonde par rapport à ce qui émergeait de la littérature précédente. Je pense même que la généralisation de l'attention consacrée à des composantes identitaires qui remontent à un temps où l'individu n'existait pas encore est un signe de l'air du temps. 
Tous les romans de mon corpus présentent une dynamique narrative semblable, qui les rapproche des romans de formation malgré le fait que les personnages les plus présents dans la narration ne sont souvent pas les personnages qui se développent et changent.
Je crois que cela exprime quelques caractéristiques de ce moment historique, d'autant plus que les dynamiques que j'étudie dans la littérature italienne opèrent largement dans la littérature contemporaine d'autres pays. Jusque dans ma vie quotidienne, je ne fais que rencontrer des personnes qui font des recherches généalogiques ou qui sont à l' l'affût de secrets familiaux. Moi-même j'ai été récemment amenée à retrouver les traces d'un oncle oublié par l'Histoire. 
Ce qu'il est intéressant de se demander est où mènent ces recherches généalogiques. Est-ce que nos parcours individuels seraient différents si nous ne nous tournions pas en arrière? Pourquoi est-il libératoire de savoir ce qu'il s'est passé avant nous? Pourquoi y a-t-il cette impulsion à raconter ces histoires (lorsqu'elles sont inspirés des vicissitudes familiales de l'auteur) ou à en inventer?

Si vous aimez les podcasts, vous pouvez écouter l'entretien effectué par Judicaël Prigent sur mes recherches de thèse pour l'émission Thèsez-vous? de Radio Campus Paris en cliquant ici.

Si vous voulez lire certains des articles que je suis en train de publier au cours de mes recherches, cliquez ici.

mardi 5 novembre 2024

Le projet STRIP

Dessin de Valentin Prévot
A la fin d'octobre 2023, j’habite à Paris depuis un an. Mon mari Lorenzo me montre la photo d’une petite annonce qu’il a vue dans la rue : un dessinateur cherche des bénévoles qui lui racontent une histoire pour en tirer une BD. Cela m'interpelle, mais j’hésite pendant plusieurs semaines avant de répondre.

La petite annonce affiche l’adresse d’un site internet professionnel, celui de Valentin Prévot. Je vais donner un coup d’œil, et j’aime les dessins que je vois. Pas tous de la même manière, bien sûr, mais certains me rappellent les images de Mattotti, avec leurs couleurs fortes. Je souhaite aussi voir le genre d’histoire auquel ce dessinateur est intéressé : il y en a une qui me tourne dans la tête qui n’est pas adaptée à n’importe qui. Parmi les planches, j’en vois certaines qui se déroulent dans l’U.R.S.S. d’antan. Cela me confirme que je dois suivre mon intuition : je vais raconter l’histoire d’Arturo. Arturo Malagoli était le frère de ma grand-mère. En 1950 il avait 20 ans. Il a participé à une grève pendant laquelle la police a tiré sur la foule désarmée. Il est mort comme ça. Ma grand-mère était mariée depuis quelques mois et enceinte quand le massacre eut lieu. Son fils, qui demeurera son seul enfant et deviendra mon père, elle décida de l’appeler Arturo.

Après quelques mois, mon histoire est choisie avec deux autres pour se transformer en bd: les deux autres histoires ont été racontées par Kevin et par Didier. 

L’histoire de Didier commence en 2009 par un message sur Messenger de la part d'une certaine Julie, lui demandant s'il connait Maryvonne. Maryvonne était effectivement tombée enceinte de Didier dans les années 80 et avait disparu sans laisser de trace. Julie, qui a 28 ans, c'est la fille de Didier. La bd raconte le coup de foudre entre père et fille, et tous les ajustements et les progrès qu'ils ont fait ensemble et dans leurs familles respectives, sans cacher un moment de crise, où ils se sont éloignés à nouveau.

Le récit de Kevin concerne son ami Marcus, trouvé sans vie dans un appartement parisien. Kevin y reconstruit les dernières heures de vie de cet ami qui, après une soirée haute en couleurs, a appelé des dealers pour s'aprovisionner, mais quelque chose a mal tourné... Investiguer sur cette histoire est aussi une manière pour Kévin de faire le bilan de sa propre vie.

Les trois histoires n'ont en principe rien de commun, sinon le lien profond de chacune avec leurs narrateurs et le lien avec Valentin, le concepteur du projet. En plus de lui avoir raconté nos histoires, nous les narrateurs avons quelque part participé aux premières phases de la réalisation de la BD. Maintenant, presque un an après son début et après un crowdfunding pour imprimer les 100 premiers exemplaires de BD, le projet va enfin prendre forme dans l'exposition STRIP, qui aura lieu du 12 au 23 novembre 2024 à l'espace BOUCHOR (5 rue Maurice Bouchor, Paris 14 > Métro Porte de Vanves).  L'exposition présentera la démarche du projet, les planches originales ainsi que l'édition de la bande-dessinée et une projection du film réalisé en partenariat avec Le Réseau. Le vernissage aura lieu

JEUDI 14 NOVEMBRE à 18h00 

à l'ESPACE BOUCHOR, 

5 rue Maurice Bouchor - 75014 PARIS

Venez nombreux! 

Dessin de Valentin Prévot