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mercredi 6 mai 2026

L'Italie à l'écran

Cette année a démarré pour moi sous le signe des projections en avant-première. S'agissant de films qui s'imposent en ce moment dans les salles de la capitale, j'ai décidé de vous parler dans un seul post de trois films très différents les uns des autres. Pourtant, leur italianité est loin de constituer leur seul point commun pour moi, et non seulement parce que j'ai eu la chance, dans les trois cas, d'assister à des projections spéciales. Les trois films portent un regard particulier sur la paternité (biologique ou effectuelle), ce qui indique sans doute que la société contemporaine a besoin de réfléchir à ce rôle. En outre, chaque film met en avant au moins une actrice ou un acteur qui compte parmi mes acteurs préférés de tout temps, ce qui n'est pas un détail négligeable pour moi!

La Grazia
de Paolo Sorrentino est un film que j'ai vu en avant-première en Italie pendant les vacances de Noël. Je n'aime pas tout de Sorrentino, mais j'ai aimé La grande bellezza quand la majorité du public italien l'ignorait et que ce n'était pas encore un événement cinématographique. La Grazia repropose certaines des atmosphères et de la photographie du meilleur Sorrentino en leur offrant une dimension politique. S'agissant de Sorrentino, cette dimension politique devient bien sûr existentielle, je dirais même cosmique. Mariano De Santis, qui dans le film est le président de la République italienne vit les derniers mois de son mandat. Il est confronté à des décisions lourdes : la légalisation d'une forme d'euthanasie et deux demandes de grâce. En parallèle, la narration de son rapport avec sa fille, qui est aussi sa collaboratrice, nous permet d'apprécier ses doutes, des interrogations morales et l'évolution de sa pensée. Toni Servillo livre une performance subtile, non dénuée de quelques éclairs légers, qui s'adapte parfaitement au style poétique de Sorrentino. La Grazia est en effet une méditation sur la grâce dans toutes ses nuances possibles. De la grâce divine à la grâce politique, de l'humanité avec laquelle on se doit de légiférer sur la fin de vie à la légèreté élégante d'un geste.

Mme Bruni Tedeschi lors de
l'avant-première
de Cinque Secondi.

Cinque secondi de Paolo Virzì Met en scène Adriano, un homme reclus dans une villa toscane, écrasé par le poids d’une tragédie personnelle et d’un sentiment de culpabilité. Sa solitude est bousculée par l’arrivée d’un groupe de jeunes idéalistes décidés à redonner vie aux vignes abandonnées alentour. Valerio Mastandrea incarne avec intensité ce personnage blessé, dont l'évolution accompagne le spectateur à découvrir que son terrible secret concerne chaque être humain confronté à la mort et à la souffrance des êtres chers. La fin ouvre une marge d'espoir, même si dans le monde de Virzì il n'y a aucun espace pour la grâce, juste pour l'abnégation et la responsabilité. Une part de légèreté est assurée par la performance d'une actrice que j'adore, Valeria Bruni Tedeschi. Cette avant-première m'a été offerte par Dolcevita sur Seine, qui organise des évènements cinématographiques autour du jumelage entre Paris et Rome et que je tiens à remercier. Mme Bruni Tedeschi était rayonnante malgré les cheveux en broussaille dont elle s'est plainte publiquement. Je trouve qu'elle a une ironie et une légèreté dans l'interprétation qui aide à mieux saisir le sens de la vie, toujours en équilibre sur le gouffre.
Photo prise pendant que j'était en train de demander
à M. Favino comment il fait pour changer de tête
d'un film à l'autre. Il m'a répondu qu'il ne sait pas.

Il Maestro d'Andrea Di Stefano sort en salles aujourd'hui dans toute la France. C'est l’histoire de Felice, un adolescent talentueux au tennis, poussé à exceller par son père. Quand celui-ci engage Raul Gatti, ancien joueur désabusé interprété par Pierfrancesco Favino, pour qu'il accompagne Felice à ses premiers championnats nationaux et lui enseigne à passer à un niveau de jeux supérieur, une relation improbable se noue entre les deux. Celle-ci transforme le jeu et la manière de vivre du jeune garçon et permet de saisir les nuances de la personnalité complexe de l'enseignant. D'étape en étape, ce road-movie est une exploration du temps que les amants des années 80 apprécieront. Favino est un grand acteur qui, lors de l'avant-première parisienne, a déclaré que nous avons besoin de personnages masculins complexes. Il a également souligné que chaque être humain peut vivre toute la gamme des émotions et de situations de tous les autres. Je ne vais pas pouvoir évoquer l'atmosphère de la soirée en quelques mots, mais les réflexions des invités ont été particulièrement profondes.

Ce trio de films établissent naturellement un dialogue entre les différents enjeux culturels et sociaux italiens et français, tout en permettant d'apprécier trois regards sur l'Italie, certes, mais surtout sur la complexité des êtres humains. 

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dimanche 19 octobre 2025

Nomen Omen



Aujourd’hui c’est mon anniversaire. En ce jour qui marque pour moi le passage du temps, je renais symboliquement en me présentant ici avec un prénom de plus, qui vient intégrer mon identité précédente. Les prénoms sont une part essentielle de notre identité, de notre culture et de notre histoire personnelle, ils peuvent influencer notre perception de nous-mêmes et de notre place dans le monde. 

Quand j’ai découvert que je m’appelais Paola parce que cela signifie « petite », et que j’étais petite quand je suis née, j’en suis restée un peu déçue, et non seulement parce que je suis née de 4 kilos ce qui, pour un bébé, n’est pas petit du tout, mais parce que j'avais l'impression que cela me demandait d'assumer une position qui ne serait pas toujours confortable.

Dès la naissance, le prénom devient une partie intégrante de qui nous sommes, mais en devenant adultes, nous changeons. Il y a eu un moment de ma vie où je ne me reconnaissais pas du tout dans le mien. En même temps, c’était mon prénom, celui que les personnes qui m’aimaient utilisaient pour m’appeler. Je ne voulais donc pas tout à fait l’abandonner. Ainsi j’ai fait quelques recherches, j’ai ouvert le grand livre des prénoms, et je l’ai étudié. J’ai découvert qu’il existe un prénom féminin assez rare, mais plutôt musical : Dinali.

J’aime bien le son que cela fait, et quand j’ai découvert que cela signifie « grande », j’ai pensé qu’il pourrait très bien équilibrer le prénom de Paola. J’ai donc décidé d’entamer une nouvelle vie, celle de Paola Dinali. 

En tant que Paola Ghinelli, j'ai vécu une vie très riche, dont vous pourrez trouver les traces ici. En tant que Paola Dinali Ghinelli, tout reste à faire...


mardi 30 septembre 2025

Une nouvelle aventure intellectuelle et humaine

Je suis très heureuse d’annoncer que j’ai obtenu un poste d’ATER (Attachée Temporaire d’Enseignement et de Recherche) à la Sorbonne Nouvelle. Il s'agit de l'université au sein de laquelle je prépare mon doctorat, donc rien n'est nouveau mais tout est nouveau en même temps. Je vais donner des cours de langue, littérature, culture et société italiennes à des étudiants de licence dans un département dynamique et stimulant.

C’est une belle opportunité de poursuivre mes activités d’enseignement et de recherche au sein d’une université reconnue et très internationale, tout en continuant à développer mes projets académiques. Ainsi, j'ai changé mes plans de retour en Italie (j'étais censée déménager au mois d'août) et réorganisé ma vie familiale avec bonheur.

Hâte de de rencontrer les étudiantes et les étudiants, de partager, d’apprendre. Une nouvelle aventure commence!


Le campus Nation de Sorbonne Nouvelle ©Christel Dardelet


samedi 5 juillet 2025

Paris noir

Pour une fois, j'aimerais vous parler d'une exposition terminée, au cas où vous l'auriez manquée : il s'agit de Paris Noir, l'avant-dernière exposition du Centre Pompidou avant sa fermeture pour rénovation. C'était pour moi très stimulant de me replonger, à travers l'art, dans les thèmes de ma première thèse .
Cette expo avait l'objectif de mettre en lumière la présence et l’influence des artistes noirs à Paris de 1950 à 2000. Plus de 350 œuvres de plus de 150 artistes y étaient exposées. L'expo a été très populaire (et fréquentée) et elle était associée à des conférences, films, visites thématiques et podcasts. Un colloque à thème a aussi eu lieu en mars au Centre Pompidou et musée du Quai Branly sur l'identité noire et la mémoire de l'esclavage.

Or, il est clair que dans la période étudiée, les figures culturelles de référence sont les mêmes que pour ma première thèse : Léopold Sedar Senghor, Aimé Césaire et Édouard Glissant, auquel était consacrée une installation centrale évoquant l’Atlantique noir et la pensée du “Tout‑Monde”. La section que j'ai trouvé spécialement intéressante était celle liée aux résistances et à l'anti‑colonialisme : engagées politiquement, les œuvres qui y étaient exposées reflètent les luttes pour les indépendances, droits civiques, l'identité noire post-coloniale .
L'autoportrait de l'affiche était de Gerard Sekoto, il a été réalisé en 1947 et est historiquement symbolique à cause de la posture et du regard choisis.

D’autres grands nom représentés dans cette expo : Ed Clark, Bob Thompson, Romare Bearden, Christian Lattier, ainsi que des figures de la peinture, la sculpture, la photo, la vidéo parfois encore peu exposées en France. 
Certaines créations avaient été spécialement conçues pour l’expo par Valérie John, Nathalie Leroy‑Fiévee, Jay Ramier et Shuck One, avec des œuvres immersives et narratives (cartographies, collages, tissage, archives...) 
Avec cette exposition, le Centre Pompidou m'a offert la possibilité d'approfondir et parfaire ce que j'avais étudié pendant ma première vie, par une immersion très agréable dans des univers différents mais tous évoluant autour de la notion de liberté.
J'ai hâte de voir ce que le Beaubourg deviendra dans 5 ans, lors de sa réouverture.
 

vendredi 25 avril 2025

Le 25 avril à Paris

Aujourd'hui, 25 avril, est le 80ème anniversaire de la fin de la 2ème guerre mondiale pour l'Italie, célébré comme la journée de la libération du nazifascisme. C'est une date hautement symbolique pour mon pays, dont la constitution fut écrite après la fin de la guerre, lors du passage du régime monarchique au régime républicain. A Paris, la maison de l'Italie héberge une journée d'études, élargie également à d'autres pays européens, consacrée à la réflexion sur l'actualité de la résistance. En voici le programme. Bonne journée de la libération!





vendredi 7 février 2025

Nouvel an lunaire

 Paris, ce n'est pas seulement des baguettes, des marinières et la tour Eiffel, bien au contraire : c'est avant tout une métropole diversifiée qui a su faire de sa diversité sa force. Ainsi, lorsqu’un événement majeur survient pour une ou plusieurs des communautés qui peuplent Paris, la réponse culturelle est massive et variée.

Le 29 janvier a marqué le début du Nouvel An lunaire, célébré par plusieurs communautés asiatiques. Ici à Paris, les festivités continuent jusqu'à ce week-end. Personnellement, j'ai choisi cette année de faire la fête à la mairie du 13e arrondissement, qui accueillait samedi dernier un festival dédié à la mode, à la danse, aux arts martiaux et à la cuisine typiques Han. Pas de glamour dans ce cas, mais le plaisir pour moi d'approcher la culture chinoise sous un angle différent par rapport à ce que j'aurais pu faire en Italie. 

Une image du défilé du XIIIe en 2023
Bien que plusieurs pays asiatiques célèbrent le nouvel An lunaire, la Chine est peut-être la plus représentée ici en France où on utilise souvent l'expression « Nouvel An chinois », qui est d'autant plus imprécise qu'en Chine cette fête s'appelle 春节, ce qui se traduit aussi par Fête du Printemps.

Le Nouvel An lunaire est célébré chaque année à Paris avec une série d'événements dont un défilé sur les Champs Elysées. Demain aura lieu le traditionnel défilé dans les rues principales du 13ème, que j'ai déjà eu l'occasion d'apprécier pour son multiculturalisme. En fait, différentes traditions sont représentées mais, comme le 13e arrondissement est aussi le quartier de nombreux Antillais, le défilé comprend également des groupes de traditions caribéennes qui rappellent le carnaval dans une frénésie festive.

Si au contraire nous voulons nous limiter à la seule Chine, je vous souhaite 新 年快乐!Bonne année du serpent de bois!

dimanche 26 janvier 2025

Mères

Mes recherches de thèse m'amènent à étudier des romans et des récits publiés en italien. Toutefois, quand une oeuvre italienne est publiée en français, j'en parle volontier ici, spécialement s'il s'agit d'une oeuvre qui m'a touché particulièrement. Ma mère est un fait divers de Maria Grazia Calandrone a été publié en France il y a quelques mois, peu avant le lancement de ce blog, dans la traduction de Nathalie Bauer pour les éditions du Globe.

Maria Grazia Calandrone, qui est née à Milan, a été abandonnée à Rome par ses parents biologiques à l'age de 8 mois. Ceux-ci se sont suicidés le jour même. Elle a ensuite été adoptée par une famille de Rome. Dans cette oeuvre et dans une autre qui n'a pas encore été traduite en français, elle retrace les vicissitudes de chacune de ses deux mères. Ma mère est un fait divers est consacrée à sa mère biologique. Il s'agit d'un récit de filiation atypique, parce que la prose est intercalée à des vers. L'enquête que Maria Grazia mène la porte non seulement à découvrir et à recomposer une série d'informations fragmentaires concernant sa mère Lucia, mais surtout à contextualiser son geste et celui de son compagnon Giuseppe (le père de Maria Grazia) dans la société italienne des années 60. Ainsi, de choix intime et désespéré, leur suicide recontextualisé devient un geste politique d'espoir.

Au-delà du portrait d'un pays dans lequel le divorce était illégal, au-delà de la juste réflexion, par ailleurs très finement menée, sur la retombée des lois sur la vie des individus, ce livre m'a touchée au point que quand j'ai eu la possibilité de rencontrer son auteure et de l'interviewer, je me suis émue. Son écriture parle d'amour et de liberté, c'est une fleur qui bourgeonne au cœur des ruines. La narratrice ne s'adresse pas seulement aux personnes qui ont connu une oppression comme celle vécue par Lucia, ni à ceux qui s'y intéressent, mais à chaque etre humain. Bonne lecture. 

mercredi 8 janvier 2025

9 Janvier 1950

Le 9 janvier 1950, les ouvriers de Modena la ville italienne où j'ai passé la plus grande partie de ma vie, furent appelés à une grève provinciale pour protester contre le licenciement de la plupart des ouvriers des Fonderie Riunite d'Adolfo Orsi. Ce licenciement massif visait à permettre l'embauche de personnel qui n'était lié ni à des syndicats ni à des partis politiques.

La veille de la grève, environ 1.500 policiers venus d'autres provinces d'Émilie-Romagne sont arrivés à Modène et, selon la vox populi, beaucoup d'entre eux sont allés se saouler dans un bar avant de se rendre aux Fonderie Riunite. Le fait est que des policiers et des carabiniers gardèrent lourdement les fonderies, se postant même sur les toits de l'usine armés de mitrailleuses et intervenant avec un véhicule blindé et de l'artillerie lourde. Le bilan de la journée s'élève à 6 morts et 200 blessés, certains grièvement. Les personnes tuées sont mortes de différentes manières : certaines touchées à la poitrine, d'autres à la nuque, une lynchée dans un fossé à coups de crosse de fusil.

L'un des 6 morts était Arturo Malagoli, vingt ans, le frère de ma grand-mère, qui était enceinte au moment des événements et qui a décidé de nommer son fils unique (mon père) Arturo, en l'honneur de son frère. Cet épisode a profondément affecté ma famille et celle des autres victimes. L'année dernière, j'ai raconté cette histoire à Valentin Prévôt, illustrateur parisien qui l'a choisie avec deux autres pour la transformer en bande dessinée.

L'affaire constitue une blessure qui ne s'est jamais cicatrisée dans la mémoire des Modénais et la pierre commémorative des victimes se trouve encore à l'endroit où se trouvaient les Fonderie Riunite, dans un point éloigné du centre, peu fréquenté et peu visible. Evidemment, il s’agit toujours d’un épisode qui gêne certains. Le 9 janvier 2019, le collectif FX a dévoilé une fresque murale temporaire (sur papier) à proximité de la pierre commémorative, où se réunissent chaque année des proches des victimes et un représentant des autorités. Les agents de la Digos ont démoli la fresque murale que vous voyez sur la photo de la Gazzetta di Modena avant le début de la commémoration du massacre. La préfecture de police a déclaré à Repubblica (édition de Bologne) que l'intervention était due au fait que le travail avait été jugé inapproprié par les policiers.

Les proches des victimes ont lancé une pétition pour permettre au collectif de réaliser la même fresque sur le mur de l'aqueduc adjacent, et l'ont relancée en demandant à l'administration de placer une plaque à la mémoire des morts sur la Piazza Grande. Aujourd'hui, 9 janvier 2025, la plaque de la Piazza Grande n'existe toujours pas.

mardi 3 décembre 2024

Paris et la liberté


Nous parlerons aujourd'hui d'un roman qui se déroule en partie à Paris: Atti osceni in luogo privato de Marco Missiroli, publié en français sous le titre Mes impudeurs. C'est un vieux roman, mais d'autre part, ce blog n'existe que depuis un mois, donc c'est une bonne occasion pour redécouvrir certaines lectures.

Mes impudeurs est un roman d'apprentissage, organisé en six parties qui parcourent les différents âges du protagoniste et narrateur, Libero Marsell. Comme le titre le laisse imaginer, l'aspect sexuel est très important dans la formation de Libero, dont la vie est constellée par un rapport avec le sexe qui évolue et murit avec lui. Pourtant, un des personnages par lesquels le sexe fait irruption dans la vie de Libero étant une bibliothécaire, les livres aussi jouent un rôle important: « Les livres déplaçaient ma gravité, et actualisaient une loi: ils avaient commencé à me mettre au monde » (ma traduction).

Ainsi Paris, où le protagoniste habite et évolue dans la première partie de sa vie et du roman, est une présence très littéraire, car Libero travaille aux Deux Magots, croise Jean-Paul Sartre, voit des films, respire un air du temps qui est aussi un air du lieu. La vie le mènera Libero à la grave décision d'aller vivre à Milan: « Les Deux Magots, Philippe, les touristes, la fureur des réunions, le cinéma Louxor, le Marais et le fauteuil de papa, maman et Emmanuel, Marie et l'hôtel de Lamoignon, la langue française, le Roland Garros, les cédilles. Ça me coupa le souffle. Je m'assis et restai immobile, puis je pris une feuille blanche et j'écrivis tout petit : Pour insoutenabilité. Voilà la raison pour laquelle j'avais quitté la Ville Lumière » (ma traduction). Ces épiphanies sont fréquentes dans le roman et expriment bien la manière dans laquelle Libero avance dans la vie. 

À Milan aussi, Libero est confronté aux tourments de ses désirs et à l'impact de ces derniers sur ses relations amoureuses et familiales. Il tente de comprendre ses pulsions, traverse des expériences parfois maladroites, souvent intenses, où se mêlent la peur, le plaisir et la culpabilité. Ses relations avec ses parents sont un élément central de son développement personnel et sexuel, reflétant un mélange complexe d'attachement et de distance. Son objectif demeure celui de réaliser la liberté qui est inscrite dans son prénom.

Missiroli aborde sans détour des thèmes comme l'érotisme, le désir et les contradictions intimes que chacun porte en soi, offrant une réflexion sur la manière dont la sexualité façonne nos vies et notre rapport aux autres. Car il ne faut pas avoir « peur de choisir entre la vie et l'obscénité sans savoir qu'elles sont la même chose. L’obscène est le tumulte privé que chacun a, et que les personnes libres vivent. Cela s'appelle exister, et parfois ça devient sentiment » (ma traduction).

mercredi 27 novembre 2024

Paris vu différemment

Paris a toujours suscité des lignes et inspiré des vers aux flâneurs, aux promeneurs et aux amants des paysages urbains. Il est rare que les écrivains qui ont vécu à Paris ne se soient pas penchés au moins une fois sur Paris en tant que lieu, ville, personnage. 

Dany Laferrière a eu un itinéraire biographique unique. Ayant souvent vécu dans des villes, il a écrit plusieurs romans qui acquièrent leur sens le plus accompli par rapport à un imaginaire citadin.  

Depuis qu'il est basé principalement à Paris - où il a emménagé à la suite de son entrée à l'Académie Française - Laferrière a inventé le genre des "romans dessinés", dont le premier, Autoportrait de Paris avec chat (publié en 2018) constitue un hommage à sa dernière ville d'accueil. 


En avril cette année, le jour de son anniversaire, Laferrière a inauguré une exposition en plein air sur le Pont des Arts et constituée de planches choisies tirées de se œuvres dessinées.
Voici quelques images d'une des planches, de la conférence d'inauguration et de moi-même avec l'auteur dans l'Académie Française. L'exposition n'est plus visible, car elle poursuit son voyage à travers le monde, les romans de Laferrière - dessinés ou non - on les trouve partout. C'est mon conseil de lecture d’aujourd’hui !

 

lundi 25 novembre 2024

Journée pour l'élimination de la violence faite aux femmes

Aujourd'hui, c'est la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes. La journée a été instituée par l'Assemblée générale des Nations Unies en 1999. Comme dans de nombreux cas similaires, la célébration de cette journée n'aura pas d'impact direct sur la violence faite aux femmes, mais elle a certainement una signification symbolique. 

En ce moment, en France, l'affaire des viols de Mazan fraye la chronique. Il s'agit vraiment d'une affaire paradigmatique. Un de ses aspects le plus avilissants consiste dans le substrat d'ignorance et de sexisme qui a permis à ces crimes aberrants d'être commis. 

De plus, on ne peut pas penser à un cas isolé, à un fou qui a révélé sa folie sordide après une longue période de mariage apparemment normal, car de la centaine d'hommes qui ont pris partie à ces viols de manière directe ou indirecte, aucun n'a dénoncé la situation et ce n'est que par hasard, après un épisode de voyeurisme dans un supermarché, que Dominique Pélicot a été arrêté et les vidéos des viols de sa femme Gisèle découverts sur son ordinateur. Il faut aussi souligner que le médecin de Gisèle Pélicot n'a jamais rien remarqué d'insolite malgré les maladies sexuellement transmissibles que la femme avait attrapées et ses vides de mémoire. Il (ou elle) en est même arrivé à un diagnostic de début d'Alzheimer. Il ne s'agit pas de stigmatiser un médecin, mais je veux rappeler que l'Organisation Mondiale de la Santé a démontré depuis longtemps que les femmes ne sont pas aussi bien soignées que les hommes parce que leurs indications ne sont pas écoutées avec la même attention que celles que les hommes donnent sur leurs symptômes.

Bref, cette sale affaire constitue une démonstration parfaite des liens entre le sexisme plus souterrain et socialement accepté d'une part, et les crimes contre les femmes de l'autre. Il est intéressant de se demander pourquoi et comment on en est arrivés là, mais il faut surtout prendre conscience de la nécessité d'un changement. J'espère que cette journée en fasse réfléchir certains.

En attendant, je vous rappelle qu'il existe un numéro pour aider hommes, femmes et personnes non binaires qui subissent des violences sexuelles ou sexistes. C'est le 3919





vendredi 15 novembre 2024

Merci! ❤️

Les narrateurs et le graphiste du projet devant les planches exposées 

Je souhaite remercier tous ceux qui ont participé, hier soir, au vernissage de l'expo du projet STRIP. Nombreux ont été ceux qui sont venus en personne, et encore plus nombreux ceux qui y étaient avec leur cœur ❤️.
Merci aussi à tous ceux qui ont rendu possible la réalisation matérielle du projet par leur aide financière ou par la mise à disposition d'un talent ou d'une compétence.
Au revoir à la prochaine aventure !

samedi 9 novembre 2024

Mes recherches de thèse (qu'est-ce que je fais là?)

Ce blog est agé d'une semaine, et il est grand temps que j'explique ce que je suis en train de faire à Paris, exactement. La raison principale de ma présence ici est une reprise d'études. Je suis docteur en littératures francophones de l'Université de Bologne, et là, j'ai décidé de préparer une deuxième thèse en littérature italienne à la Sorbonne Nouvelle. 
Mes recherches actuelles portent sur ce que j'ai défini la construction généalogique de l'identité. Le roman italien des quinze dernières années témoigne d'un intérêt pour les antécédents généalogiques des personnages: parents, grands-parents et ainsi de suite, jusqu'aux ancêtres les plus éloignés. Ma thèse est que les personnages des descendants ont besoin de regarder en arrière pour aller de l'avant, et ceci de manière plus systématique et plus profonde par rapport à ce qui émergeait de la littérature précédente. Je pense même que la généralisation de l'attention consacrée à des composantes identitaires qui remontent à un temps où l'individu n'existait pas encore est un signe de l'air du temps. 
Tous les romans de mon corpus présentent une dynamique narrative semblable, qui les rapproche des romans de formation malgré le fait que les personnages les plus présents dans la narration ne sont souvent pas les personnages qui se développent et changent.
Je crois que cela exprime quelques caractéristiques de ce moment historique, d'autant plus que les dynamiques que j'étudie dans la littérature italienne opèrent largement dans la littérature contemporaine d'autres pays. Jusque dans ma vie quotidienne, je ne fais que rencontrer des personnes qui font des recherches généalogiques ou qui sont à l' l'affût de secrets familiaux. Moi-même j'ai été récemment amenée à retrouver les traces d'un oncle oublié par l'Histoire. 
Ce qu'il est intéressant de se demander est où mènent ces recherches généalogiques. Est-ce que nos parcours individuels seraient différents si nous ne nous tournions pas en arrière? Pourquoi est-il libératoire de savoir ce qu'il s'est passé avant nous? Pourquoi y a-t-il cette impulsion à raconter ces histoires (lorsqu'elles sont inspirés des vicissitudes familiales de l'auteur) ou à en inventer?

Si vous aimez les podcasts, vous pouvez écouter l'entretien effectué par Judicaël Prigent sur mes recherches de thèse pour l'émission Thèsez-vous? de Radio Campus Paris en cliquant ici.

Si vous voulez lire certains des articles que je suis en train de publier au cours de mes recherches, cliquez ici.

mardi 5 novembre 2024

Le projet STRIP

Dessin de Valentin Prévot
A la fin d'octobre 2023, j’habite à Paris depuis un an. Mon mari Lorenzo me montre la photo d’une petite annonce qu’il a vue dans la rue : un dessinateur cherche des bénévoles qui lui racontent une histoire pour en tirer une BD. Cela m'interpelle, mais j’hésite pendant plusieurs semaines avant de répondre.

La petite annonce affiche l’adresse d’un site internet professionnel, celui de Valentin Prévot. Je vais donner un coup d’œil, et j’aime les dessins que je vois. Pas tous de la même manière, bien sûr, mais certains me rappellent les images de Mattotti, avec leurs couleurs fortes. Je souhaite aussi voir le genre d’histoire auquel ce dessinateur est intéressé : il y en a une qui me tourne dans la tête qui n’est pas adaptée à n’importe qui. Parmi les planches, j’en vois certaines qui se déroulent dans l’U.R.S.S. d’antan. Cela me confirme que je dois suivre mon intuition : je vais raconter l’histoire d’Arturo. Arturo Malagoli était le frère de ma grand-mère. En 1950 il avait 20 ans. Il a participé à une grève pendant laquelle la police a tiré sur la foule désarmée. Il est mort comme ça. Ma grand-mère était mariée depuis quelques mois et enceinte quand le massacre eut lieu. Son fils, qui demeurera son seul enfant et deviendra mon père, elle décida de l’appeler Arturo.

Après quelques mois, mon histoire est choisie avec deux autres pour se transformer en bd: les deux autres histoires ont été racontées par Kevin et par Didier. 

L’histoire de Didier commence en 2009 par un message sur Messenger de la part d'une certaine Julie, lui demandant s'il connait Maryvonne. Maryvonne était effectivement tombée enceinte de Didier dans les années 80 et avait disparu sans laisser de trace. Julie, qui a 28 ans, c'est la fille de Didier. La bd raconte le coup de foudre entre père et fille, et tous les ajustements et les progrès qu'ils ont fait ensemble et dans leurs familles respectives, sans cacher un moment de crise, où ils se sont éloignés à nouveau.

Le récit de Kevin concerne son ami Marcus, trouvé sans vie dans un appartement parisien. Kevin y reconstruit les dernières heures de vie de cet ami qui, après une soirée haute en couleurs, a appelé des dealers pour s'aprovisionner, mais quelque chose a mal tourné... Investiguer sur cette histoire est aussi une manière pour Kévin de faire le bilan de sa propre vie.

Les trois histoires n'ont en principe rien de commun, sinon le lien profond de chacune avec leurs narrateurs et le lien avec Valentin, le concepteur du projet. En plus de lui avoir raconté nos histoires, nous les narrateurs avons quelque part participé aux premières phases de la réalisation de la BD. Maintenant, presque un an après son début et après un crowdfunding pour imprimer les 100 premiers exemplaires de BD, le projet va enfin prendre forme dans l'exposition STRIP, qui aura lieu du 12 au 23 novembre 2024 à l'espace BOUCHOR (5 rue Maurice Bouchor, Paris 14 > Métro Porte de Vanves).  L'exposition présentera la démarche du projet, les planches originales ainsi que l'édition de la bande-dessinée et une projection du film réalisé en partenariat avec Le Réseau. Le vernissage aura lieu

JEUDI 14 NOVEMBRE à 18h00 

à l'ESPACE BOUCHOR, 

5 rue Maurice Bouchor - 75014 PARIS

Venez nombreux! 

Dessin de Valentin Prévot

dimanche 3 novembre 2024

Bienvenue!

Bonjour et bienvenue sur mon blog Paola, Paris & Papier! Je vis à Paris avec ma famille depuis 2022, et je souhaite partager ce que je découvre au jour le jour de ses quartiers emblématiques et de ses trésors cachés.

La passion de ma vie demeure toutefois la littérature, qui va sans doute se glisser parmi les balades urbaines et les anecdotes concernant la Ville Lumière. Et qui dit littérature dit voyage, réel ou imaginaire, donc les frontières de Paris ne seront pas les nôtres.

Que vous soyez lecteur passionné, voyageur dans l’âme ou simplement amoureux de Paris, ce blog est une invitation à rêver, à explorer et à vous évader. Vous en trouverez ici la version italienne. On y va?